Le Dollar Index chute sous 101,00 : tensions au Moyen-Orient et flou sur la Fed pèsent lourd
Le Dollar Index recule à 101,00 malgré la fuite vers les valeurs refuges. Moyen-Orient, Fed et inflation énergétique fragilisent le billet vert.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Le dollar recule malgré la fuite vers les valeurs refuges
- Moyen-Orient : l'escalade militaire redessine les équilibres régionaux
- La Fed, le flou monétaire et le poids de l'histoire du dollar
- Livre sterling, euro, or et pétrole : la contagion sur les autres marchés
- Se protéger de la volatilité avec les actifs tangibles
En bref
Le Dollar Index (DXY) recule pour la deuxième séance consécutive, autour de 101,00 lors de la session asiatique de jeudi
Les tensions entre les États-Unis et l'Iran s'intensifient après des menaces croisées autour du détroit d'Ormuz
Des rebelles houthis ont attaqué deux pétroliers saoudiens en mer Rouge, une première sur cette route commerciale
Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, entretient le flou sur la trajectoire des taux d'intérêt
L'or se maintient au-dessus de 4 100 dollars tandis que le pétrole grimpe à son plus haut niveau depuis le 11 juin
Les rendements obligataires américains atteignent des sommets pluriannuels, freinant le métal sans rendement
Le dollar recule malgré la fuite vers les valeurs refuges
Le Dollar Index (DXY), cet indicateur qui jauge la force du billet vert face à six devises majeures, glisse pour la deuxième séance d'affilée. Il évoluait autour de 101,00 durant la session asiatique de jeudi, une contre-performance qui tranche avec le climat géopolitique pourtant explosif. Normalement, la devise américaine profite des poussées d'aversion au risque. Cette fois, elle peine à capitaliser sur la nervosité ambiante, et c'est justement ce décalage qui interroge les cambistes.
Deux forces contraires s'affrontent sous la surface. D'un côté, la flambée des coûts énergétiques ravive les craintes inflationnistes, un scénario qui d'ordinaire pousse les investisseurs à réclamer une politique monétaire plus stricte. De l'autre, le ralentissement de plusieurs indicateurs économiques américains fragilise la thèse d'un dollar durablement fort. Les marchés anticipent très largement un statu quo de la Réserve fédérale lors de sa prochaine réunion, mais l'équation reste incomplète tant que la ligne directrice du nouveau patron de l'institution demeure floue.
A lire aussi : L'or flambe pendant que le pétrole s'embrase et que Washington menace ouvertement Téhéran
Moyen-Orient : l'escalade militaire redessine les équilibres régionaux
La demande de valeurs refuges limite malgré tout la casse pour le billet vert, portée par une actualité qui s'assombrit rapidement au Moyen-Orient. Le président américain Donald Trump a menacé de frapper des infrastructures iraniennes si Téhéran s'en prenait aux navires transitant par le détroit d'Ormuz, un couloir maritime par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Téhéran a répliqué en promettant des représailles rapides contre les actifs énergétiques liés aux intérêts américains dans la région, une déclaration qui a immédiatement fait grimper la prime de risque sur les marchés de matières premières.
Sur le terrain, les rebelles houthis soutenus par l'Iran ont mené des attaques au missile et au drone contre deux pétroliers saoudiens en mer Rouge. Ce type de frappe directe sur des tankers dans cette voie maritime constitue une première, et ouvre un front dangereux qui menace une route d'exportation vitale pour le brut saoudien. Les conséquences dépassent le strict cadre régional : chaque nouvelle escalade réactive les arbitrages entre devises refuges classiques comme le dollar ou le yen, et actifs tangibles comme l'or ou le pétrole.
Selon notre expert : Le billet vert vacille, les marchés retiennent leur souffle et l'or grimpe déjà au-dessus des 4 100 dollars
La Fed, le flou monétaire et le poids de l'histoire du dollar
Le dollar reste la devise officielle des États-Unis, mais aussi la monnaie de fait dans de nombreux pays où elle circule aux côtés des billets locaux. Selon l'enquête triennale de la Banque des règlements internationaux publiée en 2022, il représente plus de 88 % du volume total des transactions de change mondiales, soit une moyenne de 6 600 milliards de dollars échangés chaque jour. Après la Seconde Guerre mondiale, il a détrôné la livre sterling comme monnaie de réserve mondiale, avant que les accords de Bretton Woods de 1971 ne mettent fin à sa convertibilité en or.
Le facteur le plus déterminant pour sa valeur reste la politique monétaire fixée par la Fed, dont le double mandat consiste à stabiliser les prix et soutenir le plein emploi via l'ajustement des taux directeurs. Quand l'inflation dépasse la cible de 2 %, l'institution relève ses taux, ce qui soutient généralement le billet vert. Dans le cas contraire, ou lorsque le chômage grimpe trop, elle les abaisse, ce qui pèse sur la devise. En situation extrême, la Fed peut recourir à l'assouplissement quantitatif, comme lors de la crise financière de 2008, une politique qui affaiblit structurellement le dollar, à l'inverse du resserrement quantitatif qui tend à le renforcer.
Livre sterling, euro, or et pétrole : la contagion sur les autres marchés
La paire GBP/USD rebondit vers 1,3385 durant les heures de cotation asiatiques, mais son potentiel haussier semble contenu par une inflation britannique plus faible que prévu et par les mêmes tensions régionales. Les traders attendent désormais le rapport sur les ventes au détail au Royaume-Uni, attendu vendredi, pour affiner leurs positions. De son côté, l'EUR/USD prolonge sa progression pour la deuxième séance consécutive, autour de 1,1410, soutenu par un euro qui trouve un appui solide avant la décision de taux de la Banque centrale européenne.
L'or, lui, se maintient au-dessus des 4 100 dollars, semblant avoir digéré le léger repli de la veille depuis son plus haut niveau en plus de deux semaines. Le pétrole grimpe à son plus haut niveau depuis le 11 juin à mesure que les tensions entre Washington et Téhéran s'intensifient, nourrissant les craintes inflationnistes et renforçant les anticipations d'une posture plus stricte de la Fed. Cette dynamique pousse les rendements obligataires américains vers des sommets pluriannuels, un facteur qui agit comme un frein pour le métal jaune, faute de rendement direct. Du côté des cryptoactifs, Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, estime dans une note publiée mardi que le prochain cycle haussier pourrait naître de la convergence entre finance traditionnelle et infrastructures blockchain, le Bitcoin ayant gagné 9 % depuis le 1er juillet quand le Nasdaq 100 reculait de 6 %.
Se protéger de la volatilité avec les actifs tangibles
Dans un contexte où le dollar oscille au gré des tensions géopolitiques et des atermoiements de la Fed, un nombre croissant d'épargnants cherche à diversifier leur patrimoine hors du système bancaire traditionnel. Les métaux précieux, à travers les lingots d'or, les lingots d'argent ou les pièces d'or, offrent une alternative tangible pour sécuriser une partie de son épargne face aux soubresauts monétaires. Cette logique de débancarisation partielle séduit particulièrement quand les devises fiduciaires, dollar en tête, montrent des signes de fébrilité face à un environnement géopolitique instable et à des banques centrales dont la trajectoire reste difficile à anticiper.
Sources : BDOR - Réserve fédérale américaine (Fed) - Banque des règlements internationaux (BIS, enquête triennale 2022) - Département du Trésor américain
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