Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, promet de vaincre l'inflation persistante devant le Congrès, tout en défendant son indépendance face à Trump.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
Kevin Warsh veut mettre fin à cinq années d’inflation élevée aux États-Unis.
L’indice PCE a progressé de 4,1 % sur un an en mai 2026, soit plus du double de la cible de la Fed.
Les taux directeurs américains restent compris entre 3,50 % et 3,75 %.
La hausse des prix de l’énergie complique toute baisse rapide du coût du crédit.
La prochaine réunion monétaire de la Fed est programmée les 28 et 29 juillet 2026.
À peine installé à la tête de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh affiche une ambition sans détour. Le nouveau président de la banque centrale veut reléguer au passé la flambée des prix observée depuis cinq ans. Une promesse forte, presque martiale, alors que l’inflation américaine demeure largement supérieure à la cible officielle de 2 %.
Son discours devant la commission des services financiers de la Chambre des représentants, le 14 juillet 2026, devait rassurer les ménages autant que les marchés. Il confirme surtout une réalité moins confortable : la Fed n’est pas encore prête à desserrer franchement l’étau monétaire.
Kevin Warsh n’a laissé aucune place à l’ambiguïté lors de sa première audition semestrielle devant le Congrès. Selon lui, une politique monétaire correctement calibrée permettra de refermer la séquence inflationniste ouverte cinq ans plus tôt. Les membres du Comité fédéral de l’open market ne toléreront pas une hausse des prix durablement excessive, a-t-il assuré.
Les mots sont fermes. Ils étaient aussi attendus. Nommé par Donald Trump le 4 mars 2026, confirmé par le Sénat en mai puis investi le 22 mai, Kevin Warsh a pris la succession de Jerome Powell avec une réputation plutôt favorable à la rigueur monétaire. Son mandat de président court jusqu’en mai 2030.
Le nouveau patron de la Fed hérite pourtant d’une équation inconfortable. La croissance américaine reste solide, l’investissement des entreprises progresse et le marché du travail résiste. Warsh a notamment relevé une hausse de près de 25 % sur un an des dépenses consacrées aux technologies avancées, alimentée par les centres de données et l’intelligence artificielle. Une économie dynamique supporte mieux des taux élevés. Elle peut aussi entretenir les tensions sur les prix.
Le discours est crédible sur le papier, mais la promesse sera jugée sur les décisions. Dire que l’inflation sera vaincue ne suffit plus. Les ménages américains ont déjà entendu ce type d’engagement, tandis que le logement, l’énergie, l’alimentation et les services ont durablement amputé leur pouvoir d’achat.
Les statistiques confirment la difficulté de la mission. L’indice des dépenses de consommation PCE, mesure privilégiée par la Fed, a augmenté de 4,1 % sur un an en mai 2026, contre 3,8 % en avril et 3,5 % en mars. Hors alimentation et énergie, sa progression atteint encore 3,4 %. La trajectoire s’éloigne donc de la cible de 2 %, au lieu de s’en rapprocher.
L’indice des prix à la consommation a offert un tableau plus nuancé en juin. Les prix ont reculé de 0,4 % sur un mois grâce au repli temporaire de l’essence, mais ils restent supérieurs de 3,5 % à leur niveau de juin 2025. L’énergie affiche même une hausse annuelle de 15,7 %, avec un bond de 26,7 % pour l’essence. L’inflation hors alimentation et énergie s’établit à 2,6 %.
Cette divergence entre inflation globale et inflation sous-jacente rend la lecture délicate. La baisse mensuelle du CPI pourrait donner l’impression d’une amélioration rapide. Elle repose pourtant en partie sur des prix énergétiques très volatils. Le conflit au Moyen-Orient et les perturbations de l’approvisionnement pétrolier risquent de produire l’effet inverse au cours des prochains mois.
La Fed maintient depuis juin son taux directeur entre 3,50 % et 3,75 %. Elle reconnaît que les chocs d’offre, notamment énergétiques, alimentent encore la hausse des prix. Une baisse prochaine des taux paraît donc difficile à défendre. Une nouvelle hausse n’est plus impensable si les données de juillet et août se détériorent.
Kevin Warsh devra également démontrer qu’il peut résister aux demandes de la Maison-Blanche. Donald Trump souhaite depuis longtemps des taux plus faibles pour alléger le coût du crédit, soutenir l’immobilier et faciliter le financement de l’économie. Le calendrier politique pousse vers l’assouplissement. Les chiffres poussent plutôt vers la patience, voire vers un nouveau durcissement.
Interrogé sur sa réaction face à d’éventuelles attaques de l’exécutif, Warsh a affirmé qu’il continuerait simplement à faire son travail. La réponse est sobre. Elle ne dissipe pas entièrement le doute. L’indépendance d’une banque centrale ne se mesure pas dans une audition, mais lorsqu’une décision impopulaire doit être prise malgré les pressions politiques et financières.
Le premier test arrivera rapidement. Le FOMC se réunira les 28 et 29 juillet 2026, avant deux autres rendez-vous en septembre et octobre. Les investisseurs surveilleront le moindre changement de vocabulaire, notamment sur la persistance de l’inflation et la possibilité d’un relèvement des taux.
Pour les épargnants, cette incertitude plaide pour une diversification mesurée. Les investissements alternatifs, notamment les lingots d’or et d’argent ainsi que les pièces d’or, peuvent contribuer à réduire la dépendance envers les banques et les actifs exclusivement financiers. Ils ne garantissent ni rendement ni protection parfaite. Leur détention physique peut néanmoins répondre à un objectif de débancarisation partielle et de sécurisation patrimoniale sur longue période.
Kevin Warsh a choisi la fermeté. C’est probablement la bonne posture. Le vrai risque serait désormais de promettre la disparition de l’inflation, puis de céder trop vite aux appels en faveur de taux moins élevés.
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