Washington reprend ses envois de dollars en cash à Bagdad, un geste stratégique avant la visite du Premier ministre irakien.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

En bref
Washington a repris ses livraisons de dollars en cash vers l'Irak après une suspension de plusieurs mois
Cette décision précède la visite du nouveau Premier ministre irakien à Washington mi-juillet
Le système remonte à 2003, avec les revenus pétroliers irakiens déposés à la Réserve fédérale de New York
Une cargaison de 500 millions de dollars avait été bloquée en 2026 comme moyen de pression diplomatique
L'économie irakienne dépend à 90% de ses exportations pétrolières transitant par le détroit d'Ormuz
Les États-Unis ont réactivé leurs envois de liquidités vers l'Irak, mettant fin à une interruption qui aura duré plusieurs mois. Cette décision intervient à quelques jours seulement de la visite officielle du nouveau Premier ministre irakien Ali al-Zaidi à Washington, prévue à la mi-juillet. Le porte-parole du gouvernement irakien, Haidar al-Aboudi, a confirmé jeudi que les livraisons avaient repris « il y a un certain temps », qualifiant cette reprise de geste positif dans les relations bilatérales.
La suspension initiale répondait à une logique de pression diplomatique. Washington cherchait à contraindre Bagdad à démanteler les milices pro-iraniennes actives sur son territoire, accusées d'avoir orchestré des centaines d'attaques contre des installations américaines durant les récentes tensions au Moyen-Orient. Un haut responsable du département d'État avait prévenu en mai que la reprise des flux financiers resterait conditionnée à des actions concrètes du pouvoir irakien pour se distancer de ces groupes armés.
Le nouveau Premier ministre, arrivé au pouvoir en avril avec l'appui américain, s'est engagé publiquement à garantir le monopole étatique sur les armes. Il a également exhorté les factions armées à rendre leur artillerie aux autorités centrales. Cette posture, conjuguée à la reprise des versements en dollars, dessine un climat de réchauffement entre les deux capitales, alors même que l'économie irakienne peine encore à se relever des dégâts causés par le conflit régional.
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Le mécanisme qui régit ces transferts remonte à l'invasion américaine de 2003, celle qui avait renversé le régime de Saddam Hussein. Les revenus tirés des exportations pétrolières irakiennes sont, depuis, majoritairement déposés à la Réserve fédérale de New York. Ce dispositif, unique en son genre, transforme la Fed en gardienne d'une partie substantielle des recettes budgétaires d'un État souverain.
Concrètement, ces fonds libellés en dollars servent à financer les importations irakiennes ou sont convertis en billets physiques pour être rapatriés à Bagdad. L'opération logistique s'avère considérable : les autorités américaines autorisent l'émission de liasses conditionnées en « cash packs », des briques de 16 000 billets emballées sous plastique, empilées sur des palettes puis chargées à bord d'avions-cargos affrétés par le gouvernement irakien lui-même.
L'ampleur historique de ces ponts aériens monétaires donne le vertige. Un rapport présenté devant le Congrès américain évoquait, au milieu des années 2000, l'acheminement de 281 millions de billets répartis sur 484 palettes, pour un poids cumulé de 363 tonnes. Ces chiffres illustrent la dépendance structurelle de l'économie irakienne, encore largement fondée sur les paiements en espèces, à ce circuit financier transatlantique.
Le Trésor américain conserve, à tout moment, la faculté de suspendre ou retarder un envoi. En 2026, une cargaison estimée à 500 millions de dollars avait ainsi été bloquée avant même de quitter le territoire américain, révélait le Wall Street Journal. Un levier de pression que Washington n'hésite visiblement pas à actionner lorsque les intérêts stratégiques l'exigent.
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Bagdad navigue depuis des années sur une ligne de crête diplomatique, tentant de préserver ses liens économiques avec les États-Unis tout en maintenant une proximité historique avec l'Iran voisin. Les autorités irakiennes avaient, pour leur part, minimisé la portée de la suspension des versements, l'attribuant officiellement à la fermeture de l'espace aérien et à des considérations sécuritaires plutôt qu'à une décision punitive américaine.
Cette dépendance financière révèle la fragilité structurelle d'un pays fondateur de l'Opep, dont l'économie repose presque exclusivement sur l'or noir. Les exportations de brut représentent ordinairement 90% des recettes budgétaires irakiennes, transitant en grande majorité par le détroit d'Ormuz, zone maritime sous tension permanente. Cette concentration extrême des revenus autour d'une seule matière première expose Bagdad à une vulnérabilité chronique, que la reprise des livraisons de cash ne résout qu'en partie.
La visite prochaine du Premier ministre irakien à Washington, la première effectuée à l'étranger depuis sa prise de fonction, devrait permettre d'aborder un renforcement des investissements américains sur le sol irakien. Un enjeu de taille pour une économie meurtrie par des années de conflit et qui cherche désormais à diversifier ses partenariats au-delà du strict cadre pétrolier.
Ces épisodes de tensions monétaires entre grandes puissances rappellent la fragilité des systèmes financiers traditionnels lorsqu'ils se trouvent instrumentalisés à des fins géopolitiques. Face à ces incertitudes récurrentes, nombre d'épargnants se tournent vers des solutions tangibles et indépendantes des circuits bancaires classiques. Les métaux précieux, sous forme de lingots d'or, de lingots d'argent ou de pièces d'or, offrent une alternative concrète pour qui souhaite diversifier son patrimoine tout en réduisant sa dépendance aux institutions bancaires. Cette logique de débancarisation partielle séduit un public croissant, soucieux de protéger la valeur de son épargne contre les soubresauts monétaires et les décisions politiques qui, comme le montre l'exemple irakien, peuvent geler des flux financiers du jour au lendemain.
Sources : BDOR - AFP - BFM Business - Wall Street Journal - Congrès américain
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