Le cours de l'argent recule sous 66,50 $ alors que la Fed durcit le ton et que l’inflation américaine inquiète
L’argent chute vers 66,50 $ après de solides chiffres de l’emploi américain. Les marchés redoutent une Fed plus restrictive et une inflation persistante.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 2 minutes

En bref
Le cours de l'argent est tombé près de 66,50 dollars, un plus bas de plus de deux mois.
Les créations d’emplois américaines de mai ont largement dépassé les attentes du marché.
Les investisseurs anticipent désormais une Réserve fédérale plus agressive sur les taux.
La hausse des rendements obligataires américains pénalise les actifs qui ne génèrent pas de revenus, comme l’argent.
Les tensions au Moyen-Orient entretiennent les craintes d’un regain d’inflation via les prix de l’énergie.
Les marchés attendent désormais la publication de l’indice des prix à la consommation américain.
L’ambiance a changé brutalement sur le marché de l’argent. Après plusieurs mois de progression spectaculaire, le métal gris traverse une phase de correction marquée. Lundi, le cours de l'argent a glissé vers 66,50 dollars l’once, son niveau le plus faible depuis plus de deux mois.
Cette baisse n’est pas le fruit d’un simple mouvement technique. Elle reflète un changement de perception des investisseurs sur l’économie américaine, la politique monétaire et l’évolution future de l’inflation.
Des chiffres de l’emploi qui rebattent les cartes
Vendredi, les statistiques américaines ont pris les marchés à contre-pied. L’économie des États-Unis a créé 172 000 emplois en mai, alors que le consensus tablait sur seulement 85 000 postes supplémentaires.
Autre élément marquant, les données du mois précédent ont été révisées à la hausse. Avril affiche désormais 179 000 créations d’emplois contre 115 000 initialement annoncées.
Cette résistance du marché du travail complique la tâche de la Réserve fédérale. Une économie qui continue d’embaucher à ce rythme réduit la nécessité de soutenir l’activité par des baisses de taux. Au contraire, certains opérateurs commencent à envisager un scénario plus restrictif.
Les anticipations ont été profondément révisées. Selon les estimations suivies par les marchés à terme, la probabilité d’au moins une hausse de taux supplémentaire cette année a fortement progressé en quelques séances.
Les rendements obligataires reprennent de la hauteur
Le mouvement est visible sur le marché obligataire américain.
Le rendement du Treasury à 10 ans est remonté vers 4,57 %, un sommet de près de deux semaines. Cette progression peut sembler modeste. Pourtant, elle modifie rapidement l’équilibre entre différentes classes d’actifs.
Lorsque les obligations offrent des rendements plus attractifs, les investisseurs ont tendance à réduire leur exposition aux actifs qui ne versent ni intérêt ni dividende. L’argent figure naturellement parmi les premières victimes de cette rotation.
Cette mécanique est connue, mais elle reste redoutablement efficace. Plus les rendements réels progressent, plus la pression s’intensifie sur le cours de l'argent.
Le retour du risque inflationniste
Un autre facteur pèse sur les marchés.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont refait surface après de nouvelles frappes échangées entre Israël et l’Iran durant le week-end. Cette dégradation du climat régional a entraîné une remontée des prix de l’énergie.
Le pétrole joue un rôle central dans l’équation inflationniste mondiale. Chaque hausse prolongée du baril alimente les coûts de transport, de production et de consommation.
Les investisseurs redoutent désormais que l’inflation américaine reparte à la hausse alors qu’elle restait déjà élevée. Les économistes anticipent une progression de l’indice des prix à la consommation à 4,2 % sur un an en mai, contre 3,8 % précédemment.
La publication de cette statistique sera scrutée avec attention. Une surprise haussière renforcerait encore les attentes d’une Fed moins conciliante.
Une tendance technique qui reste fragilisée
D’un point de vue graphique, la situation demeure délicate.
Le cours de l'argent évolue nettement sous sa moyenne mobile exponentielle à 20 jours, située autour de 74,44 dollars. Cette configuration traduit une perte de dynamique importante après la phase de hausse observée ces derniers mois.
L’indicateur RSI se rapproche désormais de la zone de survente. Cela ne garantit pas un rebond immédiat, mais suggère que la vitesse de la baisse commence à ralentir.
À court terme, le marché surveille deux niveaux majeurs. Une reprise au-dessus de 74,44 dollars permettrait d’alléger la pression vendeuse actuelle. À l’inverse, une cassure du support proche de 61 dollars pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase de repli vers le seuil psychologique des 60 dollars.
Les métaux physiques conservent leur place dans une stratégie patrimoniale
Les mouvements de marché observés sur l’argent et l’or rappellent qu’aucun actif n’évolue en ligne droite. Les phases de correction font partie du cycle normal des marchés.
Pour de nombreux épargnants, les actifs tangibles continuent de représenter un outil de diversification patrimoniale. Les lingots d’or, les lingots d’argent ou encore les pièces d’or d’investissement restent recherchés par ceux qui souhaitent détenir une partie de leur patrimoine en dehors du système bancaire traditionnel. Cette approche vise avant tout la sécurisation de l’épargne sur le long terme et la réduction de l’exposition aux risques liés aux marchés financiers ou aux politiques monétaires.
Sources : BDOR
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