Les anciennes mines françaises pourraient-elles encore cacher des réserves d’or ?
Des forages en Limousin retrouvent de fortes teneurs en or jusqu’à plus de 800 mètres sous d’anciens districts miniers français.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 8 minutes

Sommaire
- Une mine fermée ne signifie pas forcément que tout son or a été extrait
- Lauriéras montre que l’or peut se prolonger bien au-delà des anciens travaux miniers
- Moulin de Cheni confirme que les anciens secteurs miniers peuvent réserver des surprises
- Les bases du BRGM recensent encore des dizaines de tonnes d’or dans plusieurs anciens districts
- La France recommence à explorer son sous-sol avec des techniques capables de regarder beaucoup plus profondément
- Salsigne rappelle qu’avoir encore de l’or sous terre ne suffit pas pour rouvrir une mine
- Les anciens mineurs ont surtout exploité ce qui était rentable à leur époque
- La France possède un potentiel aurifère réel, mais aucune nouvelle grande mine n’est encore démontrée
- L’or d’investissement reste une ressource physique dont l’offre ne peut pas augmenter rapidement
En bref
- La France métropolitaine a produit plus de 200 tonnes d’or au cours de son histoire minière récente, principalement dans le Massif central et le Massif armoricain.
- Plusieurs anciens districts aurifères n’ont pas nécessairement été épuisés : certaines exploitations ont fermé parce que les cours de l’or, les coûts d’exploitation ou la taille des gisements ne permettaient plus de maintenir leur rentabilité.
- À Lauriéras, en Haute-Vienne, des forages publiés en juillet 2026 ont recoupé de l’or depuis la surface jusqu’à plus de 800 mètres de profondeur, avec une minéralisation encore ouverte selon l’opérateur.
- Un sondage récent à Lauriéras a notamment rencontré 16,48 g/t d’or sur 7,50 mètres à l’intérieur d’une zone de 34,90 mètres titrant 3,73 g/t.
- À Moulin de Cheni, autre ancien secteur minier du Limousin, des forages publiés en juillet ont atteint 16,54 g/t d’or sur 24 mètres et 2,13 g/t sur 63 mètres.
- Ces résultats sont des intersections de forage. Ils ne correspondent ni à des réserves certifiées ni à la preuve qu’une nouvelle mine sera ouverte.
- MineralInfo estime historiquement le potentiel des gisements français métropolitains à plusieurs dizaines de tonnes d’or encore présentes dans le sous-sol, mais ces données ne doivent pas être assimilées à des réserves économiquement exploitables aux normes minières actuelles.
- La France a lancé en 2025 un nouvel inventaire de ses ressources minérales, doté de 53 millions d’euros sur cinq ans, qui doit notamment explorer des structures profondes jusqu’à plus de 1 000 mètres.
Une mine fermée ne signifie pas forcément que tout son or a été extrait
Pendant près de vingt ans, les mines du district de Saint-Yrieix-la-Perche, au sud de Limoges, ont constitué le cœur de l’exploitation aurifère moderne en France métropolitaine. Lorsque les dernières opérations ont cessé au début des années 2000, il aurait été facile d’en déduire que les filons étaient épuisés.
Les campagnes de forage actuellement menées en Haute-Vienne racontent une histoire plus complexe.
Sur l’ancienne structure de Laurières, exploitée au XXe siècle puis fermée en 2001, de nouveaux sondages réalisés en 2025 et 2026 ont confirmé la présence d’une minéralisation aurifère au-delà des zones historiquement exploitées. Les derniers résultats publiés le 23 juillet 2026 par Aquitaine Metals indiquent que l’or a été rencontré depuis la surface jusqu’à plus de 800 mètres de profondeur mesurée le long des sondages, tandis que le système reste ouvert selon l’interprétation de l’entreprise.
Le sondage CMA029 a notamment recoupé 16,48 grammes d’or par tonne sur 7,50 mètres, à l’intérieur d’une enveloppe plus large de 34,90 mètres affichant 3,73 g/t. CMA033 a livré 13,74 g/t sur 5 mètres dans une zone de 21,10 mètres à 4,81 g/t. Ces valeurs correspondent à des longueurs de carotte de forage et ne doivent pas être confondues avec l’épaisseur exacte d’un futur corps minéralisé exploitable.
Quelques mois auparavant, en février 2026, une autre série de forages avait donné un résultat spectaculaire à Lauriéras : 350,83 g/t d’or sur 1,50 mètre, inclus dans une zone de 15,50 mètres à 34,80 g/t. Une teneur aussi élevée attire immédiatement l’attention, mais elle porte sur un intervalle très limité et ne signifie pas que des centaines de mètres de roche possèdent la même richesse.
Ces travaux ont une particularité : ils sont réalisés sur des secteurs où l’or était déjà connu et parfois exploité depuis des siècles.
La Compagnie des Mines Arédiennes indique que la première phase du programme, lancée en février 2025, vise précisément les anciens sites miniers de Lauriéras et de Moulin de Cheni, avec pour objectif de vérifier les données historiques puis de rechercher les prolongements latéraux et profonds des structures minéralisées.
L’idée selon laquelle une ancienne mine pourrait encore contenir de l’or n’a donc rien d’extraordinaire sur le plan géologique.
Une exploitation minière ne retire jamais nécessairement tout le métal présent autour d’un gisement. Elle extrait ce qui peut être identifié, accessible et rentable avec les techniques, les coûts et les cours disponibles à une époque donnée.
Le district de Saint-Yrieix fournit même un précédent historique. La Compagnie des Mines Arédiennes rappelle qu’après de premières recherches, l’exploitation moderne a fortement progressé lorsque de nouveaux sondages ont permis de découvrir des extensions de gisements déjà connus, notamment à Cros-Gallet, Lauriéras et Renardières, ainsi que de nouvelles lentilles à Fau-Marié, Mas-Vieux ou Chéni.
La fermeture d’une mine peut ainsi signifier trois choses très différentes : que le gisement est réellement épuisé, que les ressources restantes étaient trop difficiles à exploiter à l’époque, ou que l’économie de la mine ne permettait plus de continuer à chercher de nouvelles extensions.
Dans le Limousin, l’histoire montre que le prix de l’or a joué un rôle important.
La Société des Mines du Bourneix avait produit environ 28,4 tonnes d’or entre 1982 et 2001. À partir de 1996, la baisse du cours obligea l’entreprise à améliorer sa productivité et à réduire progressivement ses ambitions. En 1999, les travaux d’exploration furent arrêtés, avant la fin de l’extraction programmée en 2001.
Près de vingt-cinq ans plus tard, l’or évolue à des niveaux qui n’ont plus rien de comparable. Le 21 août 2026, le cours spot atteignait environ 4 563 dollars l’once, selon Reuters.
Cette différence économique ne transforme pas automatiquement toutes les anciennes mines françaises en projets rentables.
Elle suffit néanmoins à expliquer pourquoi des zones autrefois jugées trop petites, trop profondes ou insuffisamment rentables peuvent aujourd’hui mériter de nouveaux forages.
Lauriéras montre que l’or peut se prolonger bien au-delà des anciens travaux miniers
Laurières constitue aujourd’hui le cas français le plus documenté.
Le site appartient au district aurifère de Saint-Yrieix-la-Perche, une région dont l’activité minière remonte à l’Antiquité. Des recherches archéologiques ont confirmé l’existence de travaux gaulois, tandis que l’exploitation industrielle moderne s’est développée au XXe siècle.
Le rapport BRGM RP-71133-FR, consacré à l’évolution de la base française des gisements, recense 9,4 tonnes d’or historiquement produites à Lauriéras et environ 5 tonnes de « ressources supposées » dans les données compilées en 2021. Ce chiffre est une donnée d’inventaire géologique et ne constitue pas une réserve certifiée selon les standards internationaux actuellement utilisés par les sociétés minières.
Cette nuance est essentielle pour comprendre les annonces de 2026.
Une société qui fore une structure ancienne peut annoncer qu’elle a recoupé de l’or à 500 ou 800 mètres, sans être en mesure d’affirmer combien de tonnes de métal pourraient réellement être récupérées.
Pour transformer une série de sondages en ressource minérale, il faut multiplier les forages, modéliser la géométrie du gisement, mesurer la continuité des teneurs et établir un modèle géologique suffisamment fiable.
Le passage d’une ressource à une réserve minière demande encore davantage de travail.
Une réserve correspond à la partie d’une ressource que des études suffisamment avancées considèrent comme économiquement exploitable en tenant compte des méthodes d’extraction, de la récupération métallurgique, des coûts, des infrastructures, du prix du métal, des contraintes environnementales et des autorisations.
Les résultats publiés actuellement à Lauriéras se trouvent encore en amont de cette étape.
Ils apportent néanmoins une information géologique importante : la structure aurifère historiquement exploitée continue en profondeur.
Les forages de 2026 ont suivi la minéralisation jusqu’à plus de 800 mètres le long des trous, avec des zones à forte teneur enchâssées dans des enveloppes minéralisées plus larges. La société affirme que le système reste ouvert, ce qui signifie que les sondages n’ont pas encore délimité sa terminaison dans certaines directions.
Ce point répond directement à la question des anciennes mines.
Les mineurs du XXe siècle n’ont pas nécessairement exploré chaque prolongement profond des structures qu’ils exploitaient.
Les technologies de forage ont progressé, les données historiques peuvent être retraitées en trois dimensions et la connaissance géologique du district s’est affinée.
Les anciens travaux constituent même une aide précieuse.
Ils indiquent où l’or a déjà circulé et où des structures favorables existent. Les géologues peuvent partir de ces informations pour chercher des prolongements sous les anciens chantiers ou entre plusieurs secteurs jusque-là étudiés séparément.
À Lauriéras, l’opérateur estime désormais que les structures contrôlant la minéralisation peuvent être suivies sur plus de 20 kilomètres à l’échelle du district. Il s’agit d’une interprétation géologique destinée à guider les prochains sondages et non de l’affirmation qu’une bande aurifère continue de 20 kilomètres existe.
Cette différence entre « structure favorable » et « minerai exploitable » restera déterminante dans les prochaines étapes.
Le potentiel est réel.
La quantité d’or exploitable reste à démontrer.
Moulin de Cheni confirme que les anciens secteurs miniers peuvent réserver des surprises
À environ six kilomètres de Lauriéras, Moulin de Cheni fournit un deuxième exemple récent.
La zone appartient elle aussi à un ancien district aurifère. Les données historiques compilées par le BRGM attribuent environ 7,5 tonnes de production passée au secteur Chéni-Douillac. Les travaux miniers y remontent en partie au début du XXe siècle et des traces beaucoup plus anciennes sont également présentes dans la région.
Les premiers résultats d’une nouvelle campagne de forage ont été publiés le 16 juillet 2026.
Aquitaine Metals rapporte plusieurs intersections aurifères importantes, dont 16,54 g/t d’or sur 24 mètres et 2,13 g/t sur 63 mètres. Le programme a également mis en évidence du tungstène sous forme de scheelite, associé à plusieurs zones aurifères.
L’une des sections contient localement de l’or visible et une teneur de 136,88 g/t sur 2 mètres, comprenant un échantillon de 0,50 mètre à 527 g/t. Ce type de valeur doit être lu avec prudence : une très forte teneur sur quelques dizaines de centimètres ne représente pas nécessairement la teneur moyenne d’un gisement.
Le résultat beaucoup plus intéressant à l’échelle d’un projet minier est l’existence de plusieurs zones minéralisées réparties dans une structure plus large.
La société indique que les quatre premiers forages réalisés à Moulin de Cheni totalisaient 1 262 mètres et recoupaient un système situé dans un corridor structural régional dont le prolongement potentiel est interprété sur plusieurs kilomètres.
Les travaux historiques apparaissent d’ailleurs directement sur les coupes géologiques publiées avec les nouveaux sondages.
Cette superposition illustre parfaitement le changement de perspective entre une ancienne mine et une exploration moderne.
Les mineurs anciens exploitaient essentiellement les zones qu’ils pouvaient identifier avec les connaissances et les moyens disponibles. Les sociétés contemporaines peuvent rechercher des prolongements beaucoup plus profonds, modéliser plusieurs failles simultanément et détecter des minéralisations de plus faible teneur mais beaucoup plus épaisses.
La rentabilité reste impossible à déduire à partir de quelques sondages.
Un intervalle de 2,13 g/t sur 63 mètres pourrait sembler faible face aux filons historiquement exploités à des teneurs beaucoup plus importantes. Sa grande largeur change pourtant la manière dont les géologues peuvent envisager la structure.
Les archives du district de Saint-Yrieix montrent qu’à la fin du XXe siècle, les seuils économiques pouvaient se situer autour de 6 à 7 g/t pour certaines exploitations à ciel ouvert et 12 à 15 g/t pour certains travaux souterrains du district. Ces valeurs sont historiques et ne peuvent pas être appliquées directement à un projet de 2026, puisque coûts, méthodes, récupération, réglementation et prix de l’or ont entièrement changé.
Le fait que l’or dépasse désormais 4 500 dollars l’once modifie malgré tout l’équation.
Une tonne de roche contenant 2 grammes d’or possède aujourd’hui une valeur métallique théorique bien supérieure à celle qu’elle aurait représentée lorsque l’or se négociait quelques centaines de dollars l’once.
Cela ne signifie pas que cette tonne est rentable à extraire.
Il faut encore payer le forage, la construction de la mine, l’extraction, le broyage, le traitement, l’énergie, la main-d’œuvre, la gestion des déchets, les mesures environnementales et la remise en état.
Le cours élevé permet seulement de réexaminer certaines hypothèses qui auraient été automatiquement écartées trente ans auparavant.
Les bases du BRGM recensent encore des dizaines de tonnes d’or dans plusieurs anciens districts
La question dépasse largement le Limousin.
MineralInfo, portail public consacré aux ressources minérales françaises, indique que les gisements et indices d’or français se concentrent principalement dans les massifs anciens. Le Massif central possède les plus importants tonnages historiquement produits, tandis que le Massif armoricain présente également un potentiel de découverte.
Le site évalue à environ 185,6 tonnes la production française d’or au cours du XXe siècle et mentionne près de 174 tonnes associées aux gisements métropolitains dans ses estimations historiques, principalement entre le Massif central et le Massif armoricain.
Un rapport BRGM publié en 2021 propose une photographie plus détaillée de la base « Gisements France ».
Il recense environ 215,23 tonnes de production passée et 164,42 tonnes de « ressources supposées » pour les principaux gîtes étudiés. La différence avec le chiffre de 174 tonnes publié sur MineralInfo provient des bases, dates de compilation et catégories utilisées. Ces quantités doivent être considérées comme des estimations géologiques historiques et non comme un inventaire de réserves immédiatement exploitables.
Quelques sites ressortent nettement.
| Ancien district ou gisement | Production passée recensée | Ressources supposées dans la base BRGM 2021 |
|---|---|---|
| Salsigne | 97,5 t | 26,5 t |
| Rouez | 2,7 t | 120,0 t |
| District de Saint-Yrieix | 37,0 t | non renseigné à l’échelle du district |
| Le Châtelet | 10,84 t | 7,5 t |
| Lauriéras | 9,4 t | 5,0 t |
| La Bellière | 10,4 t | non renseigné |
| Chéni / Douillac | 7,5 t | non renseigné |
Source : base « Gisements France », BRGM, rapport RP-71133-FR.
Le chiffre concernant Rouez, dans la Sarthe, attire immédiatement l’attention.
Le BRGM y recense environ 2,7 tonnes historiquement produites pour près de 120 tonnes de ressources supposées dans sa base de 2021. Il serait trompeur d’en conclure que 120 tonnes d’or attendent simplement d’être extraites.
Une donnée de ressource ancienne peut reposer sur des méthodes d’estimation différentes des standards actuels. Son exploitation peut également être limitée par la profondeur, la teneur, la métallurgie, l’occupation du territoire, l’environnement ou l’économie du projet.
Une nouvelle campagne d’exploration devrait réévaluer entièrement ces données avant de pouvoir parler de ressource moderne puis de réserve.
Le même raisonnement vaut pour Le Châtelet, Lauriéras et plusieurs autres districts.
Les bases historiques constituent surtout une carte des endroits où les géologues savent déjà qu’un système aurifère a existé.
Elles ne constituent pas une liste de mines prêtes à redémarrer.
La France possède pourtant un avantage peu visible : plus d’un siècle de travaux géologiques et miniers a produit une quantité considérable de données, dont une partie peut aujourd’hui être retraitée avec des outils beaucoup plus performants.
C’est justement l’un des objectifs du nouvel inventaire national lancé par le BRGM.
La France recommence à explorer son sous-sol avec des techniques capables de regarder beaucoup plus profondément
En février 2025, l’État a confié au BRGM une actualisation de l’inventaire des ressources minérales françaises.
Le programme représente 53 millions d’euros sur une durée initiale de cinq ans et doit analyser une cinquantaine d’éléments. Cinq grandes zones prioritaires ont été retenues : l’ouest du Massif central, Morvan-Brévenne, les Vosges, Occitanie-Cévennes-Cerdagne et le Sillon Nord de la Guyane.
L’objectif ne consiste pas spécifiquement à rechercher uniquement de l’or.
Le programme vise surtout les ressources stratégiques nécessaires à l’industrie et à la transition énergétique. L’or peut néanmoins être identifié lorsqu’il apparaît dans les secteurs et systèmes géologiques étudiés.
Le changement majeur vient des technologies utilisées.
Le précédent grand inventaire français avait été réalisé entre les années 1970 et 1990. Le BRGM considère aujourd’hui cette connaissance comme devenue en partie obsolète, aussi bien en raison de l’évolution des besoins industriels que des progrès des méthodes de mesure et d’interprétation.
Le nouvel inventaire réutilise les anciens échantillons, harmonise des bases provenant de plusieurs décennies de prospection et réalise de nouveaux levés géophysiques aéroportés.
Ces campagnes sont capables d’apporter des informations indirectes sur des structures situées à plus de 1 000 mètres de profondeur, là où les premiers inventaires se concentraient davantage sur les anomalies proches de la surface.
L’intelligence artificielle doit également intervenir dans le traitement des grandes quantités de données géologiques, géochimiques et géophysiques. Le BRGM a lancé des programmes d’innovation spécifiques sur ces méthodes.
Cette évolution peut être déterminante autour d’anciens districts.
Une mine historique fournit déjà un premier indice : un système géologique capable de concentrer de l’or existe à cet endroit.
Les nouvelles techniques peuvent alors rechercher sa continuité sous des terrains qui n’avaient jamais été sondés suffisamment profondément ou identifier d’autres structures présentant des caractéristiques comparables à quelques kilomètres.
La découverte ne se fait pas nécessairement sous l’ancienne galerie elle-même.
L’intérêt réside souvent dans l’ensemble du district.
Le BRGM rappelle que son premier inventaire avait couvert près de 125 000 km² et identifié plus d’une centaine de cibles d’intérêt, dont trois avaient finalement été mises en exploitation.
Cette proportion rappelle la sélectivité extrême du secteur minier.
Une anomalie ne devient pas automatiquement un gisement.
Un gisement ne devient pas automatiquement une ressource économique.
Une ressource ne devient pas automatiquement une mine.
Le nouvel inventaire permettra surtout de savoir où concentrer les recherches les plus coûteuses.
Salsigne rappelle qu’avoir encore de l’or sous terre ne suffit pas pour rouvrir une mine
Le cas de Salsigne, dans l’Aude, impose une limite importante à toute réflexion sur le retour des anciennes mines françaises.
Salsigne fut le principal site aurifère français du XXe siècle.
Le rapport BRGM de 2021 lui attribue environ 97,5 tonnes d’or historiquement produites et 26,5 tonnes de ressources supposées dans les données compilées. D’autres sources historiques utilisent des chiffres légèrement différents selon les périodes et périmètres considérés.
L’exploitation industrielle s’est achevée définitivement en 2004. Près de 12 millions de tonnes de minerai ont été traitées sur le complexe afin d’en extraire principalement de l’or mais aussi de l’arsenic.
L’héritage environnemental du site reste considérable.
Santé publique France rappelle que les anciennes activités minières et métallurgiques ont laissé des résidus contenant notamment de l’arsenic et ont entraîné des opérations de surveillance et de réhabilitation sur plusieurs décennies.
Le document de référence « La mine en France » publié sur MineralInfo précise explicitement que, compte tenu du passif économique, social et environnemental, la réouverture à l’exploration et à l’exploitation de Salsigne n’était pas considérée comme envisageable dans le cadre de cette analyse.
Ce cas montre pourquoi le prix de l’or ne décide pas seul de l’avenir d’une ancienne mine.
Même avec un métal à plus de 4 500 dollars l’once, une réouverture doit tenir compte de l’eau, des sols, des anciens déchets miniers, de la stabilité des ouvrages, des populations voisines, de la biodiversité et des obligations de réhabilitation.
Une mine fermée peut contenir encore du minerai tout en restant impossible à redémarrer dans des conditions acceptables.
Le coût environnemental d’un ancien site peut même dépasser largement la valeur de certaines ressources restantes.
Salsigne rappelle aussi que les connaissances et pratiques minières ont profondément évolué.
Les technologies de traitement utilisées au début ou au milieu du XXe siècle ont parfois généré des passifs qui imposent aujourd’hui des opérations de gestion pendant plusieurs décennies.
Une éventuelle nouvelle exploitation française devrait répondre à un cadre réglementaire beaucoup plus exigeant.
Un permis exclusif de recherches ne constitue d’ailleurs jamais une autorisation d’ouvrir une mine.
Le cas du Limousin l’illustre.
En février 2026, l’État a prolongé et étendu le permis exclusif de recherches Douillac, détenu par la Compagnie des Mines Arédiennes, sur environ 298 km² en Haute-Vienne et Dordogne. Le permis est prolongé jusqu’au 22 octobre 2030 et prévoit un engagement minimum de 3 millions d’euros consacré aux travaux de recherche.
Le permis Pierrepinet, situé autour de Saint-Yrieix-la-Perche et La Roche-l’Abeille, couvre environ 3 km² et a lui aussi été prolongé jusqu’au 22 octobre 2030, avec un engagement financier minimum de 2 millions d’euros.
Ces décisions permettent de rechercher des substances minières.
Elles ne préjugent pas de la décision qui serait prise si un jour une ressource économiquement exploitable était démontrée.
Entre la carotte de forage contenant de l’or et une mine en production, plusieurs années d’études, d’autorisations et de débats peuvent encore s’écouler.
Les anciens mineurs ont surtout exploité ce qui était rentable à leur époque
L’économie explique une grande partie des ressources éventuellement laissées sous terre.
Au début des années 1970, certaines recherches conduites dans le district de Saint-Yrieix avaient identifié des structures intéressantes sans déboucher immédiatement sur une exploitation. La Compagnie des Mines Arédiennes rappelle que les conditions économiques et le prix de l’or de l’époque ne permettaient pas de développer certains projets.
La situation changea dans les années suivantes.
De nouvelles recherches permirent de confirmer le prolongement de la minéralisation au Bourneix. L’exploitation industrielle débuta en 1982, puis plusieurs découvertes supplémentaires permirent de prolonger l’activité.
La fin de l’histoire obéit au même mécanisme dans l’autre sens.
La baisse du cours de l’or à partir de 1996 fragilisa fortement la rentabilité. Malgré des teneurs localement élevées, la petite taille de plusieurs gisements et le coût nécessaire pour renouveler les ressources conduisirent finalement à l’arrêt des recherches puis de l’exploitation.
Ce qui n’était pas rentable en 1999 peut donc mériter une nouvelle étude en 2026.
Le prix du métal n’est pas le seul paramètre à avoir changé.
Les logiciels de modélisation permettent aujourd’hui de reconstruire un gisement en trois dimensions. La géophysique peut rechercher des structures profondes. Les foreuses peuvent atteindre des cibles plus éloignées avec une meilleure précision. Les méthodes analytiques détectent des concentrations beaucoup plus faibles et plusieurs dizaines d’éléments simultanément.
Les nouveaux projets peuvent également s’intéresser à plusieurs substances dans la même roche.
Moulin de Cheni en fournit un exemple avec la découverte de tungstène associé aux zones aurifères. La valeur potentielle d’un projet ne dépend donc plus nécessairement uniquement de l’or.
Cette association peut modifier l’économie d’une future exploitation si les différentes substances sont récupérables techniquement et commercialement.
Elle peut également compliquer fortement le traitement.
Chaque projet possède sa propre minéralogie.
Une teneur attractive sur le papier ne garantit pas que l’or soit facile à extraire de la roche.
Le seul moyen de répondre sérieusement à la question des anciennes mines françaises consiste donc à poursuivre les recherches.
Les résultats actuels montrent que certaines structures n’étaient pas entièrement délimitées lorsque les mines ont fermé.
Ils ne permettent pas encore de connaître la quantité de métal qui pourrait un jour être extraite.
La France possède un potentiel aurifère réel, mais aucune nouvelle grande mine n’est encore démontrée
Les informations disponibles en août 2026 permettent désormais de répondre avec davantage de précision.
Oui, certaines anciennes mines françaises peuvent encore être associées à des quantités importantes d’or dans le sous-sol.
Les données du BRGM indiquent l’existence de ressources historiques autour de plusieurs anciens districts. Les nouveaux forages du Limousin confirment que certaines structures aurifères continuent au-delà des zones exploitées et à des profondeurs qui n’avaient pas été suffisamment testées auparavant.
Le cas de Lauriéras est le plus convaincant.
Une mine fermée depuis environ vingt-cinq ans fait aujourd’hui l’objet de sondages qui rencontrent encore de fortes teneurs et suivent la minéralisation à plus de 800 mètres.
Moulin de Cheni apporte une deuxième démonstration avec des intersections aurifères importantes obtenues en 2026 autour d’anciens travaux.
Le nouvel inventaire minéral national pourrait identifier d’autres prolongements profonds au cours des prochaines années, notamment dans les massifs anciens où se concentrent les principaux indices aurifères français.
Aucune source sérieuse ne permet pour autant d’affirmer aujourd’hui que la France s’apprête à rouvrir plusieurs grandes mines d’or.
Les 164 ou 174 tonnes souvent citées dans les inventaires officiels ne constituent pas un stock comparable aux réserves d’or de la Banque de France.
Ce sont des évaluations géologiques associées à différents gisements, établies à des dates et selon des niveaux de connaissance variés.
Une partie pourrait se révéler non exploitable.
Une autre pourrait être réévaluée à la hausse ou à la baisse après de nouveaux sondages.
Certaines zones peuvent aussi être définitivement écartées pour des raisons environnementales ou sociales.
La géologie française n’a donc probablement pas livré toutes ses informations.
Les prochaines années permettront surtout de savoir si les nouvelles technologies, les prix élevés de l’or et le retour des investissements dans l’exploration suffisent à transformer quelques anciennes mines en nouveaux projets économiquement crédibles.
La surprise pourrait moins venir d’une gigantesque mine oubliée que de prolongements profonds de districts déjà connus depuis des générations.
Selon notre expert : Nouvelles découvertes, banques centrales et tensions financières continuent de remodeler le marché mondial de l’or suivi également sur notre chaîne YouTube.
L’or d’investissement reste une ressource physique dont l’offre ne peut pas augmenter rapidement
La recherche actuelle autour des anciennes mines françaises illustre une caractéristique fondamentale de l’or d’investissement.
Même lorsque le cours dépasse 4 500 dollars l’once, il ne suffit pas de décider de produire davantage pour augmenter immédiatement l’offre mondiale.
Il faut identifier une structure géologique, la forer, démontrer une ressource, réaliser des études économiques et environnementales, obtenir les autorisations, financer les installations puis construire la mine.
Les résultats de Lauriéras montrent que de l’or peut encore être présent plusieurs centaines de mètres sous une exploitation fermée depuis vingt-cinq ans. Ils montrent simultanément combien il est long et complexe de transformer cette présence géologique en production réelle.
Cette lenteur contribue à distinguer les lingots d’or, pièces d’or et autres formes d’or physique des actifs dont l’offre peut être augmentée par émission.
Elle ne garantit aucune hausse future du cours. La demande des banques centrales, le dollar, les taux d’intérêt, les marchés financiers, la joaillerie et la situation économique mondiale restent déterminants.
La difficulté à faire émerger rapidement de nouvelles grandes productions donne néanmoins à l’or une contrainte physique particulière.
Les anciennes mines françaises peuvent encore contenir de l’or.
Les nouveaux forages commencent à le démontrer.
Savoir quelle quantité pourra réellement rejoindre un jour le marché prendra beaucoup plus de temps.
Sources : BDOR, BRGM, MineralInfo, Légifrance, Compagnie des Mines Arédiennes, Aquitaine Metals, Santé publique France, ENS de Lyon, Reuters et base Gisements France du BRGM.
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