Incendies, sécheresses et inondations alourdissent les sinistres. L’ACPR envisage une hausse des primes d’assurance pouvant atteindre 158 % d’ici 2050.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
Les catastrophes naturelles ont provoqué 80 milliards de dollars de pertes assurées au premier semestre 2025.
Les incendies de Los Angeles ont représenté à eux seuls environ 40 milliards de dollars d’indemnisations.
L’ACPR estime que les primes pourraient progresser de 158 % entre 2022 et 2050 dans son scénario climatique adverse.
Les logements situés dans les zones exposées pourraient devenir plus coûteux, voire plus difficiles à assurer.
La prévention et l’adaptation des bâtiments pèseront de plus en plus dans le calcul des contrats.
Les incendies, les inondations et les épisodes de sécheresse ne détruisent plus seulement des habitations, des exploitations agricoles ou des infrastructures. Ils modifient progressivement le prix de la protection financière accordée à chaque propriétaire. Derrière les images de territoires ravagés se prépare une hausse durable des contrats habitation, automobile et professionnels.
Le constat n’a rien d’une projection abstraite. Selon Swiss Re Institute, les catastrophes naturelles ont occasionné 80 milliards de dollars de pertes assurées au premier semestre 2025, soit près du double de la moyenne observée sur dix ans. Les incendies de Los Angeles ont concentré environ 40 milliards de dollars de dommages couverts, un record mondial pour ce type de catastrophe.
Le poids financier des feux de forêt a changé de dimension. Avant 2015, ils représentaient environ 1 % des indemnisations mondiales liées aux catastrophes naturelles. Leur part atteint désormais 7 %, alors que huit des dix incendies les plus coûteux jamais recensés se sont produits au cours de la dernière décennie.
La hausse des températures et l’allongement des périodes sèches expliquent une partie de cette accélération. La concentration de logements coûteux dans des secteurs exposés alourdit aussi chaque sinistre. Aux États-Unis, le développement immobilier dans les zones de contact entre végétation et habitat a progressé beaucoup plus rapidement que dans les territoires moins vulnérables.
Le même mécanisme menace la France. Un incendie dans une zone peu peuplée produit des dégâts écologiques considérables, mais une facture assurantielle parfois contenue. Lorsque les flammes atteignent des lotissements, des entreprises, des véhicules et des réseaux publics, le montant des indemnisations change brutalement d’échelle. Les assureurs ne peuvent pas absorber indéfiniment cette progression sans revoir leurs tarifs, leurs franchises ou leurs critères d’acceptation.
Les propriétaires les plus exposés risquent donc de subir une double peine : une prime d’assurance habitation plus élevée et une valeur immobilière fragilisée si les acheteurs redoutent le coût futur de la couverture. L’adresse d’un bien pourrait peser presque autant que sa surface ou son état lors d’une transaction.
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution a mesuré ce risque dans son exercice climatique publié en mai 2024. Dans le scénario adverse étudié, les primes d’assurance augmenteraient de 158 % entre 2022 et 2050, contre 127 % dans le scénario de référence. Cette projection ne constitue pas une prévision tarifaire certaine. Elle traduit la réaction théorique des assureurs à l’inflation, à l’augmentation des valeurs couvertes et à l’aggravation des aléas climatiques.
L’étude estime aussi que le coût des sinistres relevant du régime des catastrophes naturelles pourrait afficher, en 2050, un écart de 40,2 % entre le scénario adverse et la trajectoire de référence. Sur les 2,1 milliards d’euros d’augmentation calculés entre 2022 et 2050, près de 1,1 milliard serait directement lié à la matérialisation du risque physique.
La facture ne sera pas répartie uniformément. Les zones confrontées aux inondations, au retrait-gonflement des argiles, aux submersions marines ou aux incendies pourraient connaître des hausses plus rapides. Certaines compagnies pourraient limiter leur exposition, imposer des travaux préventifs ou refuser de couvrir des bâtiments jugés trop vulnérables.
Cette évolution place les pouvoirs publics devant une responsabilité directe. Continuer à construire dans des secteurs connus pour leur exposition revient à transférer une partie du coût futur vers les assurés et le régime national de solidarité. La prévention n’est plus seulement une politique environnementale. Elle devient une condition de maintien de l’assurabilité des logements.
Les événements naturels ont déjà coûté 5,2 milliards d’euros aux assureurs français en 2025, après 5 milliards en 2024. La moyenne annuelle de la sinistralité climatique a atteint 5,3 milliards d’euros entre 2020 et 2025, contre 3,9 milliards sur la décennie précédente.
Face à ces montants, comparer les contrats ne suffira plus. Les ménages devront vérifier les exclusions, les franchises, les plafonds d’indemnisation et les conditions de relogement. Des travaux simples débroussaillement, drainage, protection des ouvertures ou renforcement de la toiture pourraient aussi devenir nécessaires pour conserver une couverture acceptable.
La sécurisation du patrimoine peut également passer par une diversification hors du seul immobilier et des placements bancaires. Une partie de l’épargne peut être orientée vers des investissements alternatifs, notamment des lingots d’or et d’argent ou des pièces d’or d’investissement. Cette démarche de débancarisation partielle permet de détenir un actif physique indépendant d’un contrat d’assurance ou de la solvabilité d’un établissement financier. Elle ne remplace ni une épargne disponible ni une couverture habitation adaptée, mais elle réduit la concentration du patrimoine sur des actifs exposés aux mêmes risques économiques et climatiques.
Sources : BDOR
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