L'or recule de 4,1 % en une semaine, la Fed et le pétrole pèsent sur les cours
L'or tombe à 114,84 euros le gramme cette semaine. Décryptage des forces monétaires et géopolitiques qui pèsent sur les cours de l'or.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'or passe de 118,69 à 114,84 euros le gramme en une semaine, soit un repli de 4,1 %
Sur trois mois, l'or reste toutefois en hausse de 0,3 %
La Fed doit se réunir la semaine prochaine, avec une probabilité élevée d'un resserrement monétaire en décembre
La remontée du pétrole, liée aux tensions entre l'Arabie saoudite et le mouvement Houthi, alimente des craintes d'inflation qui pèsent sur l'or
Le repli limité du dollar ne suffit pas à compenser la pression sur les cours de l'or exprimés en euros
Une semaine noire pour l'argent, deux fois pire que pour l'or
La semaine du 19 au 23 octobre restera comme l'une des plus dures de l'automne pour l'argent. Nos relevés affichent une ouverture lundi à 1,637 euro le gramme, puis un effondrement jusqu'à 1,540 euro ce vendredi matin, un plus bas qui correspond aussi au plus bas de la semaine. L'amplitude atteint 7,8 %, et la variation d'une semaine sur l'autre ressort à -6,0 %, après un repli déjà marqué de -5,8 % la semaine précédente. Deux semaines consécutives de baisse lourde, ça commence à ressembler à une tendance plutôt qu'à un accident de parcours.
L'or n'échappe pas au mouvement, mais encaisse deux fois moins fort. Parti de 118,69 euros le gramme lundi, il termine la semaine à 114,84 euros, une variation hebdomadaire de -4,1 % contre -0,4 % la semaine précédente, elle aussi en net ralentissement. Sur un mois, l'écart se creuse franchement : -15,4 % pour l'argent contre -5,1 % pour l'or. Sur trois mois, l'argent reste moins mal loti qu'on pourrait le craindre, à -6,4 %, pendant que l'or progresse de 0,3 %. La correction des dernières semaines est donc récente, concentrée, et elle frappe l'argent bien plus durement que l'or.
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Le ratio or/argent grimpe à 74,6 : l'argent lâche prise
Le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent sont nécessaires pour acheter une once d'or, donne la mesure exacte du décrochage. Il s'établit ce vendredi à 74,6, contre 66,5 il y a un mois, soit une hausse de 12,1 % en quatre semaines. Un ratio qui grimpe signifie que l'argent perd du terrain face à l'or, et la vitesse de cette progression dit plus sur la semaine que les deux cours pris séparément. L'argent paie ici sa double nature : métal monétaire comme l'or, mais aussi matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque, l'électronique et les véhicules, ce qui le rend bien plus sensible aux craintes sur la croissance mondiale.
La séance de ce vendredi matin confirme le schéma : l'argent recule de 1,6 % depuis la clôture de jeudi, contre -0,4 % seulement pour l'or sur le même intervalle. Ce n'est pas un hasard isolé, c'est la mécanique habituelle de l'argent, qui amplifie les mouvements de l'or dans les deux sens. Dans une phase de repli comme celle-ci, cette caractéristique devient un handicap plutôt qu'un atout, et elle explique à elle seule l'essentiel de l'écart observé depuis lundi.
La Fed et le pétrole, deux forces qui pèsent sur les métaux sans rendement
Le calendrier monétaire américain explique une bonne partie du mouvement. La Fed devrait laisser ses taux inchangés à l'issue de sa réunion de deux jours prévue la semaine prochaine, mais les opérateurs continuent de valoriser une probabilité proche de 80 % d'une nouvelle hausse en décembre. Un métal qui ne verse aucun coupon devient mécaniquement moins attractif quand l'horizon d'un resserrement s'éloigne dans le temps plutôt que de se refermer. C'est exactement ce que les marchés ont intégré cette semaine, et cela pèse autant sur l'or que sur l'argent, sans doute même davantage sur ce dernier compte tenu de sa composante industrielle.
Le pétrole ajoute une couche supplémentaire au récit. Les cours du brut évoluent près d'un plus haut d'un mois, portés par l'escalade du conflit entre l'Arabie saoudite et le mouvement Houthi soutenu par l'Iran, avec des frappes sur des infrastructures énergétiques saoudiennes. Dans un schéma classique, une tension géopolitique de ce calibre profite à l'or valeur refuge. Cette fois, elle nourrit surtout les craintes d'inflation importée, qui renforcent les anticipations de resserrement monétaire et jouent donc contre les métaux. Le dollar, de son côté, ne recule que de 0,28 % sur l'indice Dollar Index, et l'euro cède 0,27 % face au billet vert : ce repli trop timide de la devise américaine ne compense en rien la pression des taux sur les cours exprimés en euros.
Ce qui peut faire basculer la semaine prochaine
Deux rendez-vous concentrent l'attention. La Fed annoncera sa décision mercredi, et le marché scrutera moins le taux lui-même, inchangé selon toute attente, que le communiqué et les propos du président de l'institution, Kevin Warsh, lors de la conférence de presse. Jeudi suivra la publication de l'indice PCE, l'indicateur d'inflation préféré de la Fed, accompagné du produit intérieur brut américain du troisième trimestre. Un ton plus accommodant que prévu, ou une inflation qui ralentit plus vite qu'anticipé, pourrait inverser le mouvement de la semaine presque aussi vite qu'il s'est installé, l'argent réagissant toujours plus fort que l'or dans les deux sens.
Notre lecture est que ce repli traduit d'abord une recalibration des attentes de taux, pas une perte de confiance dans les métaux eux-mêmes. L'OAT à 10 ans évolue à 4,44 %, et la Banque centrale européenne maintenait son taux directeur à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % au 16 septembre 2026 : l'argent placé sans risque reste rémunérateur, ce qui concurrence directement un métal sans coupon. Cette grille de lecture aurait tort si la crise au Moyen-Orient s'aggravait au point de dominer le récit : l'or retrouverait alors son rôle refuge classique, et l'écart avec l'argent, déjà large, pourrait encore se creuser avant de se refermer si la Fed se montre finalement prudente mercredi.
Sources : BDOR
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