L'or chute sous 117 euros le gramme : taux Fed et tensions au Moyen-Orient pèsent sur le prix
L'or recule sous 117 euros le gramme cette semaine. Anticipations de taux Fed, dollar et tensions au Moyen-Orient expliquent ce repli du métal.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'or passe sous 116,92 euros le gramme jeudi, deuxième semaine consécutive de baisse
La baisse hebdomadaire atteint 2,3 %, après un repli de 0,4 % la semaine précédente
Sur un mois, l'or recule de 4,4 % mais reste positif de 2,1 % sur trois mois
Les anticipations d'une hausse des taux de la Fed fin octobre pèsent sur le métal sans coupon
Le recul du dollar ne compense pas la baisse, le marché anticipant déjà la décision de la Fed
Les tensions autour de l'Iran influencent aussi la trajectoire du prix de l'or
Une semaine de repli pour l'or, sous 117 euros le gramme
Les relevés de BDOR ce jeudi 22 octobre à 10h43 situent l'once d'or à 3636,60 euros, soit 116,92 euros le gramme. Du lundi 19 au jeudi 22 octobre : ouverture à 118,69 euros le gramme, plus bas à 116,92 euros, amplitude de 1,5 %. En rythme hebdomadaire, la baisse atteint 2,3 %, après une semaine précédente déjà négative de 0,4 %. Deux semaines de repli consécutives.
Ce jeudi : ouverture à 118,46 euros le gramme, plus bas à 116,73 euros, puis stabilisation sur les trois dernières heures (-0,1 %). L'or reste en repli de 1,3 % depuis la clôture de mercredi. Sur un mois, le recul atteint 4,4 %, à comparer à la performance sur trois mois, toujours positive à +2,1 %. Une correction à court terme, pas un retournement de fond.
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La Fed et le dollar redessinent la trajectoire du métal
Le ressort principal se joue outre-Atlantique. Les anticipations de marché pointent vers une probabilité élevée d'un relèvement des taux de la Fed lors de la réunion des 27 et 28 octobre, renforcée par des chiffres d'inflation américains publiés la semaine passée. Un métal sans coupon se juge à l'aune de ce que rapporte l'argent placé : plus les taux montent, plus le coût d'opportunité de détenir de l'or grimpe.
Le Dollar Index recule pourtant de 0,45 % en 24 heures, à 101,52 points, porté par le reflux des rendements obligataires américains. Ce repli du billet vert ne profite pas à l'or : le marché préfère déjà pricer la décision de la semaine prochaine. L'euro gagne 0,12 % face au dollar à 1,1251, un mouvement trop faible pour amortir la baisse en euros. Côté européen, repères stables : taux directeur BCE à 2,65 %, facilité de dépôt à 2,5 % depuis mi-septembre, OAT 10 ans à 4,44 %. Rien ne pousse l'épargnant français vers l'or par défaut de rendement obligataire.
L'argent décroche deux fois plus vite, le ratio le confirme
L'argent affiche une baisse hebdomadaire de 2,1 %, après un plongeon de 5,8 % la semaine précédente. Sur la séance du jour, le métal gris cède 3,4 % depuis la clôture de mercredi, à 1,603 euro le gramme, après une ouverture à 1,656 euro. L'amplitude de la journée atteint 3,5 %, deux fois supérieure à celle de l'or. Cette nervosité renvoie à la nature double de l'argent, à la fois valeur refuge et matière industrielle (photovoltaïque, électronique, véhicules électriques) : sans amortisseur si la demande industrielle ralentit.
Le ratio or/argent grimpe à 72,9 ce jeudi contre 65,0 il y a un mois, soit +12,2 %. Un ratio qui monte signale une sous-performance de l'argent, confirmée sur un mois (-4,4 % pour l'or contre -14,8 % pour l'argent). Sur trois mois, l'écart se resserre (+2,1 % contre -2,5 %), preuve que la correction récente de l'argent efface une partie d'un rattrapage entamé plus tôt dans l'année.
Ce que la géopolitique ajoute au tableau
Les tensions autour de l'Iran pèsent aussi sur le mouvement, mais pas comme un refuge classique le voudrait. Le chef de la diplomatie iranienne a indiqué que son pays restait ouvert au dialogue tout en se disant prêt à se défendre, estimant qu'il y avait peu de raisons d'espérer une avancée tant que les États-Unis ne montraient aucune volonté de compromis. Des informations de presse évoquent des plans américano-israéliens pour une campagne militaire ciblée contre l'Iran après les élections de mi-mandat américaines. Ce climat soutient le dollar plutôt que l'or : la géopolitique ne garantit jamais mécaniquement une hausse du métal, elle dépend de l'actif vers lequel les capitaux se replient en priorité.
À l'échelle d'un lingot, cette correction se lit dans la cotation officielle française du 21 octobre : le lingot d'or de 1 kilogramme s'établissait à 115 400 euros, en repli de 0,5 % sur la séance et de 3,5 % sur un mois, mais en hausse de 3,2 % sur quatre mois. L'once lingotin à 3849 euros a au contraire progressé de 2,5 % sur sa dernière séance cotée, rappelant que les écarts de calendrier entre cotation officielle et cours spot peuvent brouiller la lecture d'un repli pourtant réel.
Les risques à surveiller la semaine prochaine
La décision de politique monétaire de la Fed, attendue les 27 et 28 octobre, concentre l'essentiel de l'attention. Un relèvement des taux prolongerait la pression sur un or sans rendement ; un statu quo ou un ton plus prudent inverserait la logique de cette semaine. Les indices d'activité économique attendus vendredi et les inscriptions hebdomadaires au chômage américain donneront des indications intermédiaires. Notre lecture reste que la correction actuelle s'explique davantage par un ajustement de taux que par une perte de confiance dans l'or comme réserve de valeur, la performance positive sur trois mois en étant l'indice le plus solide. Elle serait prise en défaut si le repli se prolongeait au-delà de la décision de la Fed sans rebond du dollar, signe d'un mouvement plus profond que le seul ajustement de taux.
Sources : BDOR
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