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Pétrole : la crise d’Ormuz a déjà coûté 41 milliards d’euros à quatre pays européens

Guerre en Iran, détroit d'Ormuz fermé, factures fossiles en hausse de 282 milliards d'euros dans le monde. Le CREA détaille l'addition payée par l'Europe.

Temps de lecture : 4 minutes

Pétrole : la crise d’Ormuz a déjà coûté 41 milliards d’euros à quatre pays européens

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En bref

  • Depuis le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, la fermeture du détroit d’Ormuz a alourdi de 282 milliards d’euros les factures mondiales d’importation d’énergies fossiles selon le CREA, dont 140 milliards pour le seul pétrole.
  • Pays-Bas, Italie, France et Espagne ont absorbé à eux quatre près de 41 milliards d’euros de surcoûts entre mars et août, sans importer un seul volume supplémentaire.
  • Les prix du GNL ont grimpé de 60 % dans l’Atlantique et de 75 % dans le Pacifique, ceux du diesel et de l’essence de 59 %.
  • Les capacités renouvelables installées dans l’UE depuis 2020 ont évité 36 milliards d’euros d’achats de combustibles fossiles en cinq mois.
  • Plus de 100 ONG demandent à Ursula von der Leyen un plan de sortie des fossiles pour son discours sur l’état de l’Union du 16 septembre.

Six mois après le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) a mis un prix sur la crise d’Ormuz. Quatre économies de l’Union européenne, les Pays-Bas, l’Italie, la France et l’Espagne, figurent parmi les dix pays les plus pénalisés au monde par le renchérissement des importations de pétrole, de gaz et de produits raffinés. Leur addition commune frôle les 41 milliards d’euros entre mars et août.

À lire aussi : Le cours de l'or profite d'un monde où chaque baril importé coûte désormais le prix de la guerre.

Une facture de 282 milliards d’euros à l’échelle mondiale

Le rapport du CREA passe au crible 170 pays. Dans 134 d’entre eux, le diesel s’est négocié au-dessus des niveaux qu’anticipaient les marchés avant le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont ouvert les hostilités contre Téhéran. La fermeture de fait du détroit d’Ormuz a bloqué environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié.

Le classement européen est sans appel. Les Pays-Bas ont supporté 11,5 milliards d’euros de coûts additionnels, l’Italie 10,8 milliards, la France 9,5 milliards et l’Espagne 8,8 milliards. Ces montants correspondent uniquement à l’écart de prix, les volumes importés étant restés stables.

À l’échelle planétaire, le choc a ajouté plus de 282 milliards d’euros aux factures d’importation de combustibles fossiles, le pétrole pesant à lui seul 140 milliards. Une lecture en dollars sur six mois, reprise par le CREA, porte le total au-delà de 330 milliards. L’Union européenne concentre la plus forte hausse avec 78 milliards de dollars, devant la Chine (35 milliards), l’Inde (22 milliards) et les États-Unis (16 milliards).

Le diesel, point faible de l’économie européenne

Les tarifs du GNL ont progressé de 60 % sur le bassin atlantique et de 75 % dans le Pacifique. Le diesel et l’essence affichent une envolée de 59 %. Pour l’Europe, la dépendance au gazole utilisé dans le fret, l’agriculture et l’industrie transforme cette hausse en inflation diffuse, répercutée tout au long des chaînes d’approvisionnement jusqu’aux rayons des magasins.

Pour remplacer les barils et les cargaisons du Golfe, les États-Unis et la Norvège se sont imposés comme les premiers fournisseurs de pétrole et de GNL de l’UE au premier trimestre, d’après les statistiques communautaires.

Les renouvelables ont évité 36 milliards d’euros de dépenses

Le CREA relève une contrepartie. Les capacités de production d’électricité verte déployées dans le bloc depuis 2020 ont permis d’économiser 36 milliards d’euros d’achats de combustibles fossiles durant les cinq premiers mois du conflit. Chaque mégawattheure solaire ou éolien produit localement correspond à du gaz ou du charbon qui n’a pas été acheté à des tarifs de guerre.

Luke Wickenden, analyste énergie au CREA, résume l’enseignement du rapport en soulignant que la protection la plus efficace contre les flambées du brut reste d’en sortir au plus vite. Selon lui, les pays ayant investi dans les énergies propres après les crises précédentes ont déjà économisé des milliards de dollars.

Le cas espagnol illustre les limites de l’exercice. Isaac Levi, responsable des politiques Europe-Russie au CREA, rappelle que les renouvelables ont fait économiser des milliards à Madrid, mais que les transports, l’aviation et l’industrie toujours accrochés au pétrole laissent chaque habitant avec un surcoût brut d’importations fossiles de 181 euros. L’électricité verte doit donc s’accompagner d’une électrification accélérée de toute l’économie.

L’Asie bascule dans deux directions opposées

Les données Reuters compilées à six mois de conflit montrent une transition contrastée. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les renouvelables deviendront cette année la première source d’électricité mondiale, avec une croissance de 8,5 % contre 1,4 % pour le charbon. Le solaire en toiture séduit des Philippines à l’Australie, et la demande européenne pour ces installations a bondi.

La Chine a misé massivement sur le photovoltaïque, dont la production a crû plus de trois fois plus vite que celle du charbon entre mars et juillet. Les véhicules électriques y ont représenté 63 % des ventes de voitures particulières en juin, contre 53 % un an plus tôt, et Bank of America attribue à l’électrification un tiers du recul des importations chinoises de brut. Goldman Sachs estime que la demande d’essence mondiale a chuté d’environ 20 % au pic de la perturbation en avril.

L’Inde, le Vietnam et la Corée du Sud ont pris le chemin inverse en brûlant davantage de charbon. Hanoï envisage même de nouvelles centrales, malgré son engagement de 2021. Résultat, l’AIE attend une hausse de 1,1 % des émissions mondiales, à un record de 14,2 milliards de tonnes.

Combien de temps durera l’incitation ?

Sverre Alvik, de DNV, avertit que la remontée des taux d’intérêt renchérit les capitaux nécessaires aux réseaux et aux renouvelables, ce qui rend la décarbonation non linéaire. Victor del Carpio Neyra, d’Aurora Energy Research, ajoute qu’une vague de GNL américain attendue entre 2026 et 2030 pourrait rendre le gaz à nouveau abordable pour l’Asie et freiner tout abandon durable.

Cent ONG interpellent Ursula von der Leyen

Plus de 100 organisations, emmenées par Climate Action Network Europe, demandent à la présidente de la Commission de présenter un plan de sortie des fossiles lors de son discours sur l’état de l’Union du 16 septembre. Elles réclament un rapport indépendant, comparable au rapport Draghi, chargé de tracer la voie d’une sortie complète tout en protégeant consommateurs, salariés et industrie. Le texte insiste sur les réseaux, l’efficacité énergétique, la flexibilité propre et la sécurisation des matériaux critiques.

Selon notre expert : Entre détroit fermé et factures énergétiques qui explosent, les épargnants cherchent des refuges hors du système bancaire.

Protéger son épargne face aux chocs énergétiques

Quand une décision prise dans le Golfe persique renchérit le plein d’un agriculteur vendéen et alourdit de 41 milliards d’euros les comptes de quatre États européens, l’épargne classique subit le même vent contraire, rognée par l’inflation importée et exposée aux tensions bancaires que ces crises alimentent. Les métaux précieux offrent une réponse tangible. Un lingot d’or, des lingotins d’argent ou des pièces comme le Napoléon ou le Krugerrand ne dépendent d’aucun détroit, d’aucun réseau électrique ni d’aucune contrepartie bancaire. Détenus physiquement, ils permettent une débancarisation partielle du patrimoine et une sécurisation de l’épargne à long terme, précisément dans les périodes où le prix de l’énergie dicte celui de tout le reste.

Sources : BDOR

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