Le pétrole WTI chute de 8 % en une nuit après des tensions autour de l'Iran
Le baril de WTI tombe à 93,49 dollars, en repli de 8,26 % en 24 heures, sur fond de tensions et d'espoirs de dialogue avec l'Iran ce mardi 22 septembre.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
Le baril de WTI s'échange à 93,49 dollars, en baisse de 8,26 % sur 24 heures
Le brut avait cassé sous les 91 dollars la veille avant de rebondir en Asie
Des propos américains sur un possible dialogue avec l'Iran ont nourri l'espoir d'une désescalade
Les gardiens de la révolution islamique ont averti d'un risque d'extension du conflit
De nouvelles sanctions visant des compagnies aériennes iraniennes ont été annoncées
Le dollar reste ferme malgré cette forte variation du cours du pétrole
Le WTI retombe à 93,49 dollars après une nuit agitée
Le baril de WTI s'échange ce mardi 22 septembre à 93,49 dollars, en retrait de 8,26% sur les dernières 24 heures. Une variation de cette ampleur sur une seule séance mérite qu'on s'y arrête: elle traduit un renversement de perception plutôt qu'un simple ajustement technique. La matière première circulant sur les marchés évoque un baril qui avait déjà cassé sous les 91 dollars la veille, un plus bas de près de deux semaines, avant d'amorcer un rebond partiel vers la zone des 93 dollars durant la session asiatique.
Le fil conducteur de cette nuit, c'est l'Iran. Les propos du président américain, ouvert à une rencontre avec son homologue iranien en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, ont fait naître l'espoir d'une désescalade. Mais cet espoir a été contrebalancé presque immédiatement par un avertissement du corps des gardiens de la révolution islamique, qui a promis de changer la géographie du conflit en cas d'escalade américaine, et par l'annonce de sanctions visant à exclure du système du dollar toute compagnie aérienne iranienne dès aujourd'hui. Le Dollar Index, à 100,45 points (+0,23% sur 24 heures), et la paire EUR/USD, à 1,1468 dollar (-0,12%), confirment un billet vert qui reste ferme malgré ce grand écart sur le brut.
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Du baril aux taux réels: la chaîne qui pèse sur l'or ce mardi
Un baril qui perd 8% en une nuit modifie mécaniquement les coûts de production et d'énergie supportés par les entreprises, du transport à la pétrochimie. Cette baisse se répercute, avec un décalage de plusieurs semaines, sur l'inflation importée: moins de dollars dépensés pour le même baril de brut, c'est autant de pression retirée des prix à la pompe et des coûts industriels en Europe comme aux États-Unis. C'est précisément ce que soulignent les stratégistes cités dans la matière première du jour, qui décrivent un recul du baril agissant comme catalyseur d'un mouvement plus large sur les marchés d'actions.
L'étape suivante de la chaîne, ce sont les anticipations d'inflation. Quand le baril recule fortement, les investisseurs révisent à la baisse leurs attentes de hausse des prix à moyen terme, ce qui devrait en théorie ouvrir la porte à des banques centrales plus conciliantes. Sauf que la Réserve fédérale, décrite comme conservant un ton hawkish dans la matière première fournie, ne suit pas ce script pour l'instant. Tant que la Fed maintient cette posture, les taux réels (le taux nominal moins l'inflation anticipée) restent soutenus, ce qui pénalise directement l'or, un actif qui ne verse aucun coupon et dont l'attrait diminue quand le rendement réel des obligations reste positif.
Nos relevés confirment ce sens de lecture ce matin: l'once d'or recule de 0,6% depuis la clôture de lundi et de 0,8% depuis l'ouverture, à 121,05 euros le gramme (3765,10 euros l'once), après avoir touché 122,403 euros en cours de séance. L'amplitude de 1,1% observée entre 00h28 et 08h59 montre un métal qui a cherché sa direction toute la nuit, avant de céder du terrain à mesure que le baril se stabilisait et que le dollar restait ferme. C'est la mécanique attendue: moins d'inflation importée à terme, plus de marge de manœuvre pour une Fed jugée déterminée, donc moins d'urgence à détenir un actif sans rendement.
Ce qui pourrait inverser ce raisonnement dès cette semaine
Cette lecture n'a rien d'automatique et elle mérite d'être questionnée avec la même rigueur qu'on l'a construite. D'abord, un baril qui chute de 8% en une nuit peut tout aussi bien traduire une crainte de ralentissement de la demande mondiale qu'un simple apaisement géopolitique, et dans ce cas la baisse du pétrole devient un signe de faiblesse économique plutôt qu'un facteur désinflationniste rassurant, un scénario qui finirait par soutenir l'or comme valeur refuge plutôt que de le pénaliser.
Ensuite, la situation autour du détroit d'Ormuz reste volatile. L'avertissement de l'IRGC sur une possible extension géographique du conflit et les nouvelles sanctions américaines sur le transport aérien iranien peuvent faire remonter le baril tout aussi vite qu'il est retombé, un choc d'offre purement géopolitique qui n'aurait alors rien à voir avec l'inflation ou les taux réels. Enfin, un dollar qui continuerait de se raffermir, porté par le ton de la Fed, pèserait sur l'or indépendamment du pétrole. Trois conditions à surveiller: une résolution rapide entre Washington et Téhéran, une inflexion de la Fed vers plus de souplesse, ou au contraire une nouvelle flambée du baril qui viendrait démentir tout le raisonnement tenu ce matin.
L'argent, plus sensible au cycle énergétique que l'or
L'argent, coté ce matin à 1,828 euro le gramme selon nos relevés, obéit à une logique partiellement différente de celle de l'or. Sa demande industrielle, tirée par le photovoltaïque et l'électronique, le rend plus sensible aux variations du coût de l'énergie et à la santé du cycle économique mondial que ne l'est l'or, davantage arbitré par les taux réels et le dollar. Un baril qui recule allège les coûts de production des industries utilisatrices d'argent, ce qui peut soutenir la demande physique du métal, à l'inverse du canal purement financier qui pèse sur l'or via les taux réels. Ce découplage partiel explique pourquoi le ratio or/argent mérite d'être suivi dans les prochains jours plutôt que d'assimiler mécaniquement le comportement des deux métaux.
Sources : BDOR
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