Le pétrole WTI plonge de 3,68% après une flambée de 1,9% liée aux tensions au Moyen-Orient
Le baril de WTI recule de 3,68% jeudi après une flambée de 1,9% provoquée par les tensions au Moyen-Orient et une chute des stocks américains.
Par Maxime TEUTSCH
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
Le WTI grimpe de près de 1,9% mercredi et dans la nuit de jeudi, franchissant 99 dollars
L'escalade vient d'incidents dans le détroit d'Ormuz et d'une attaque de drones contre un champ pétrolier saoudien
Les stocks commerciaux américains reculent de 3,1 millions de barils, un retrait supérieur aux attentes
Le baril se replie ensuite de 3,68% jeudi matin, à 99,85 dollars, effaçant une grande partie de la hausse
Ce repli traduit la nervosité d'un marché qui intègre l'incertitude avant toute rupture réelle d'approvisionnement
Une flambée qui s'effondre en quelques heures
Le baril de WTI a connu une séquence spectaculaire. Mercredi et dans la nuit de jeudi, les prix se sont envolés de près de 1,9% pour franchir la barre des 99 dollars, portés par une escalade des tensions au Moyen-Orient. La marine des Gardiens de la révolution iraniens a affirmé avoir frappé plusieurs navires accusés de transferts illégaux de pétrole dans le détroit d'Ormuz, tandis que les milices houthies ont revendiqué une attaque de drones contre le champ pétrolier saoudien de Shaybah, exploité par Aramco, faisant deux morts selon les informations rapportées. Un article du New York Times, citant des responsables américains, évoquait même la possibilité de nouvelles frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran après les élections de mi-mandat.
À cela s'ajoutait un chiffre publié mercredi par l'Energy Information Administration : les stocks commerciaux américains ont reculé de 3,1 millions de barils sur la semaine achevée le 16 octobre, un retrait bien supérieur aux 800 000 barils attendus par les analystes. Un facteur haussier classique. Et pourtant, ce jeudi matin, nos repères affichent un WTI à 99,85 dollars, en baisse de 3,68% sur 24 heures. La prime de guerre s'est dégonflée presque aussi vite qu'elle s'était formée. C'est la marque d'un marché nerveux, qui price l'incertitude avant même qu'elle ne se traduise par une vraie rupture d'approvisionnement.
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La chaîne qui relie le baril à l'or, maillon par maillon
Le mécanisme mérite d'être posé en entier, parce qu'il ne se résume jamais à une phrase. Un baril qui grimpe renchérit d'abord les coûts de production et d'énergie des entreprises, du transport à la pétrochimie. Ce surcoût se diffuse ensuite dans les prix à la consommation sous forme d'inflation importée, avec un décalage qui peut s'étaler sur plusieurs semaines selon la vitesse de répercussion des distributeurs. Cette inflation importée nourrit à son tour les anticipations des ménages et des marchés obligataires, qui ajustent leurs attentes de hausse des prix futurs.
Vient alors la réaction des banques centrales : si les anticipations d'inflation remontent durablement, la tentation est de maintenir des taux directeurs élevés plus longtemps, ce qui pousse les taux réels (taux nominaux moins inflation attendue) à la hausse. Or des taux réels élevés pénalisent traditionnellement l'or, qui ne verse aucun coupon et devient moins compétitif face à une obligation qui, elle, rémunère. Ce jeudi, la chaîne joue dans le sens inverse : le repli de 3,68% du baril réduit la pression inflationniste importée à court terme, ce qui retire un argument immédiat à l'or comme couverture contre une inflation qui s'annonçait plus pressante. Le décalage temporel compte : les effets sur les prix à la consommation ne se verront pas avant plusieurs semaines, mais l'anticipation, elle, se forme tout de suite sur les marchés.
Ce que la semaine de l'or raconte en parallèle
Nos relevés montrent un or qui recule de 1,3% depuis la clôture de la veille, à 116,92 euros le gramme ce jeudi à 10h43, après avoir ouvert la semaine lundi à 118,69 euros. Sur l'ensemble de la semaine, la variation ressort à moins 2,3%, contre moins 0,4% la semaine précédente, un repli qui s'accentue donc. L'amplitude de la séance du jour atteint 1,5%, entre un plus haut à 118,464 euros et un plus bas à 116,729 euros, signe d'une volatilité qui accompagne celle du pétrole sans la copier exactement.
Ce parallélisme n'a rien d'automatique. L'or a commencé à reculer avant même que le baril ne se retourne nettement, ce qui suggère que d'autres forces sont à l'œuvre, notamment un indice dollar en léger repli à 101,52 points et un euro/dollar stable autour de 1,1251. La corrélation entre énergie et or existe, mais elle ne doit jamais être lue comme une équation mécanique qui se vérifierait séance après séance.
Pourquoi cette lecture pourrait se révéler fausse
La prudence s'impose. Le choc qui agite le pétrole ce jeudi est d'origine géopolitique, pas économique : une attaque sur un champ saoudien ou une frappe dans le détroit d'Ormuz ne dit rien du niveau réel de la demande mondiale d'énergie. Si les tensions au Moyen-Orient s'intensifient de nouveau, le baril pourrait repartir brutalement à la hausse dans les prochains jours, rallumant la mécanique inflationniste que l'on vient de décrire en sens inverse. À l'opposé, si le repli actuel traduit en réalité une crainte de ralentissement économique mondial plutôt qu'un simple dégonflement de prime de risque, l'effet sur l'or serait différent : un ralentissement pèse aussi sur les taux, et des taux réels qui baissent redonneraient de l'attrait au métal, indépendamment du prix de l'énergie.
Un dollar qui se renforcerait nettement, ou une banque centrale qui choisirait de ne pas réagir à ces mouvements du baril, suffiraient également à invalider la lecture du jour. Le marché pétrolier vient de prouver, en quelques heures, qu'il pouvait effacer une hausse de 1,9% en un repli de 3,68%. Cette instabilité même devrait inciter à ne lire aucune tendance définitive dans une seule séance, que ce soit pour le baril ou pour l'or qui lui est partiellement lié.
Sources : BDOR
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