Le prix de l'argent repasse sous 50 euros l'once et accentue son recul de l'année
L'once d'argent tombe sous 50 euros, en net repli sur un mois. BDOR détaille les causes de cette baisse du métal gris et ses perspectives.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- L'once d'argent repasse sous 50 euros, un plancher symbolique qui cède
- Le ratio or/argent grimpe à 73, la preuve que l'argent décroche plus vite
- Pétrole, dollar et taux réels, ce qui pèse vraiment sur le métal gris
- Ce qu'un recul aussi net change pour un détenteur d'argent physique
- Les risques qui peuvent retourner la tendance cette semaine
En bref
L'once d'argent cote 49,79 euros, en repli de 2,54 % sur 24 heures
Le gramme d'argent recule de 3,5 % en séance, à 1,601 euro
Sur un mois, l'argent perd 14,9 %, un décrochage marqué
Le ratio or/argent grimpe à 73, signe d'une sous-performance du métal gris
La chute du pétrole et les variations du dollar pèsent sur les anticipations industrielles
La double nature du métal, monétaire et industrielle, amplifie les mouvements de prix
L'once d'argent repasse sous 50 euros, un plancher symbolique qui cède
L'once d'argent cote ce jeudi matin 49,79 euros, en repli de 2,54 % sur 24 heures. Ce passage sous la barre des 50 euros confirme une accélération baissière : à 10h13, le gramme d'argent s'échangeait à 1,601 euro, en baisse de 3,5 % depuis la clôture de la veille et de 3,3 % depuis l'ouverture du jour, après être parti d'un niveau de 1,656 euro ce matin.
La semaine commencée lundi s'ouvrait à 1,637 euro, grimpait jusqu'à 1,660 euro mardi, avant de retomber à 1,601 euro ce jeudi, soit -2,2 % depuis l'ouverture. La variation hebdomadaire s'établit à -2,3 %, après un recul de 5,8 % la semaine précédente : un rythme qui ralentit légèrement. Sur un mois en revanche, l'argent perd 14,9 %, un décrochage qui dépasse largement celui de l'or sur la même période (-4,5 %).
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Le ratio or/argent grimpe à 73, la preuve que l'argent décroche plus vite
L'or recule lui aussi ce jeudi, mais plus modérément : -0,88 % sur 24 heures à 3635,70 euros l'once, soit -1,4 % en gramme depuis la clôture de la veille. Cet écart se lit dans le ratio or/argent, qui grimpe à 73 onces d'argent pour une once d'or, contre 65 il y a un mois (+12,3 %). Un ratio qui monte signifie que l'argent sous-performe l'or, ce que confirment nos chiffres sur trois mois : l'or progresse de 2,1 % quand l'argent recule de 2,7 %.
Cet écart traduit la double nature de l'argent, à la fois métal monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque, l'électronique et l'automobile. Quand le marché doute de la demande industrielle, ou quand les flux spéculatifs se retirent plus vite d'un marché plus étroit que celui de l'or, l'argent amplifie le mouvement. Notre lecture est que ce ratio à 73 signale davantage un stress sur la composante industrielle qu'une désaffection pour la valeur refuge, l'or ne s'effondrant pas lui-même. Cette hypothèse serait invalidée si l'or entamait à son tour une correction plus profonde.
Pétrole, dollar et taux réels, ce qui pèse vraiment sur le métal gris
Des informations évoquant une possible reprise des frappes israéliennes contre l'Iran après les élections de mi-mandat américaines, ajoutées à une multiplication des attaques des rebelles Houthis contre l'Arabie saoudite (dont une sur le champ pétrolier d'Aramco à Shaybah), avaient alimenté une remontée du Brent au-delà de 2 % sur deux séances. Ce jeudi matin pourtant, le WTI recule de 3,68 % sur 24 heures, à 99,85 dollars le baril, ce qui suggère un dégonflement rapide de la prime de risque. Pour un métal industriel comme l'argent, cette instabilité du coût de l'énergie pèse directement sur les anticipations de demande manufacturière.
Le dollar recule de 0,45 % sur l'indice Dollar Index, à 101,52 points, pendant que l'euro grimpe légèrement face au billet vert, à 1,1251 dollar (+0,12 %). Un dollar plus faible devrait en théorie amortir la baisse des métaux cotés en dollars pour un acheteur en euros ; ce n'est pas le cas ici, preuve qu'un mouvement de fond domine plutôt qu'un simple jeu de parités. Enfin, les taux réels pèsent sur l'ensemble des métaux sans coupon : l'OAT 10 ans à 4,44 %, un taux directeur de la BCE à 2,65 % et une facilité de dépôt à 2,5 % offrent un rendement nominal concurrentiel face à un placement qui ne verse rien. Cet argument joue sur l'or comme sur l'argent, mais davantage sur ce dernier, dont le statut de refuge est moins ancré.
Ce qu'un recul aussi net change pour un détenteur d'argent physique
Pour un épargnant qui détient déjà de l'argent physique, ce repli de 14,9 % sur un mois se lit d'abord comme une variation de valorisation, pas comme une alerte à traiter dans l'urgence. L'argent physique reste un actif tangible, détenu hors circuit bancaire, dont la valeur suit la cotation du métal, pas les mouvements de court terme d'un indice boursier. L'amplitude observée cette semaine (3,7 % entre plus haut et plus bas) rappelle que ce marché, plus étroit que celui de l'or, se prête à des oscillations plus marquées, dans les deux sens.
Pour qui envisage d'en acquérir, la question n'est pas de deviner un plancher, mais de comprendre que ce métal combine un rôle monétaire hérité et une utilité industrielle réelle, ce qui le rend plus sensible aux cycles économiques que l'or. Ni promesse de rendement ni conseil personnalisé ici : seulement le constat que la volatilité actuelle fait partie de la nature même de l'actif, et que son horizon de détention a toujours gagné à se mesurer en années plutôt qu'en séances.
Les risques qui peuvent retourner la tendance cette semaine
Deux fronts méritent attention. Le premier est géopolitique : une confirmation ou un démenti d'une reprise des frappes israéliennes contre l'Iran rebattrait rapidement les cartes sur le pétrole, et par ricochet sur les coûts de production industriels qui pèsent sur l'argent. Le second est monétaire : toute inflexion du dollar ou des taux réels, notamment une détente de l'OAT 10 ans ou un ton plus accommodant de la BCE, changerait l'équation du rendement comparé entre métaux sans coupon et placements obligataires.
Techniquement, les intervenants surveillent une zone proche des plus bas de l'année sur l'argent, un niveau qui a déjà servi de point de retournement par le passé. Si ce support cède franchement, le ratio or/argent pourrait continuer de grimper ; s'il tient, une partie du terrain perdu cette semaine pourrait se reconstituer rapidement, tant la correction récente paraît davantage liée à des flux à court terme qu'à un changement de fond sur la demande industrielle.
Sources : BDOR
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