Faire des études rapporte-t-il encore vraiment ? Ce que les salaires révèlent selon le diplôme
Le diplôme protège toujours du chômage en France, mais l’écart salarial se creuse entre bac+2, master et grandes écoles selon le Céreq.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- Le diplôme protège toujours, mais pas de la même façon pour tous
- Des salaires qui grimpent avec le niveau, jusqu’à un certain point
- Chômage et emploi stable, l’autre visage de la valeur du diplôme
- Déclassement, grandes écoles et la France sous la moyenne européenne
- Sécuriser son épargne quand la trajectoire professionnelle reste incertaine
En bref
Le diplôme reste associé à un meilleur salaire et à moins de chômage selon les données du Céreq
La rémunération médiane du premier emploi va de 1 260 euros sans diplôme à 2 410 euros pour un doctorat
Le déclassement a progressé de six points entre les générations 2004 et 2021, surtout entre bac+2 et bac+4
Le chômage des diplômés du supérieur atteint 4,7 % en France contre 3,6 % en moyenne européenne
Seuls 28,1 % des adultes français détiennent une licence ou un diplôme supérieur selon Science & Vie
Le diplôme protège toujours, mais pas de la même façon pour tous
La France comptait environ trois millions d’étudiants à la rentrée 2024, contre 2,2 millions vingt ans plus tôt, selon les données reprises par Franceinfo. Cette progression relance une question qui revient chaque rentrée universitaire : le diplôme garde-t-il sa valeur quand le nombre de diplômés explose ? Les chiffres du Centre d’études et de recherches sur les qualifications, cités par Franceinfo et La Tribune, ne confirment pas l’idée d’une dévalorisation générale. Il continue de réduire le risque de chômage, d’ouvrir la porte à des emplois durables et de tirer les salaires vers le haut.
L’enquête du Céreq porte sur la génération 2021, interrogée trois ans après sa sortie du système éducatif. Rien dans ces données ne suggère un effondrement du rendement scolaire. Le tableau se complique en revanche dès qu’on regarde le détail par niveau : entre bac+2 et bac+4, la protection s’effrite légèrement, tandis que les filières longues et les grandes écoles conservent, voire renforcent, leur avantage. Le diplôme n’a pas perdu de valeur en bloc. Il s’est fragmenté selon la spécialité et le secteur qui recrute.
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Des salaires qui grimpent avec le niveau, jusqu’à un certain point
Dès le premier emploi, la rémunération médiane augmente presque à chaque échelon de formation, selon les chiffres publiés par La Tribune : 1 260 euros mensuels pour un jeune sans diplôme, 1 400 euros pour un bachelier, 1 480 euros pour un bac+2 hors santé et social, 1 810 euros pour un master, 2 130 euros pour un diplômé d’école de commerce ou d’ingénieurs, et 2 410 euros pour un docteur. Les formations courtes de santé et du social font exception : leur salaire médian de 1 840 euros dépasse celui d’un master universitaire classique.
Ces montants restent des médianes, pas des promesses individuelles. Ils mêlent des métiers, des régions et des trajectoires très différentes. Le vrai basculement se situe après le bac+2 : l’écart avec un jeune sans diplôme plafonne à 220 euros jusque-là, puis grimpe nettement au niveau master, avant que les grandes écoles n’ajoutent encore 320 euros. La durée des études compte, mais la spécialité et la tension du marché comptent tout autant, comme le montre le cas de la santé et du social.
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Chômage et emploi stable, l’autre visage de la valeur du diplôme
Le Céreq a suivi six générations entrées sur le marché du travail entre 2004 et 2021. Sur cette période, le taux de chômage des diplômés du supérieur n’a jamais dépassé 15 %, alors que celui des jeunes sortis sans diplôme atteignait 40 % trois ans après la génération 2021, selon Franceinfo. Le diplôme ne garantit rien à titre individuel, mais il réduit statistiquement, et fortement, le risque de rester sans emploi durant les premières années de vie active.
La nature des contrats obtenus suit la même logique. Plus de la moitié des jeunes ayant au moins un bac+2 décrochent un emploi durable, CDI, fonction publique ou activité indépendante. Cette proportion dépasse 70 % pour les écoles de commerce, d’ingénieurs et les formations de santé-social. Chez les non-diplômés, elle ne franchit jamais 25 % : trois jeunes sur quatre restent en situation précaire plusieurs années après leur sortie du système scolaire.
Déclassement, grandes écoles et la France sous la moyenne européenne
Le déclassement, cette situation où un diplômé occupe un poste inférieur à sa qualification, a progressé de six points entre la génération 2004 et la génération 2021, selon Franceinfo. La hausse touche surtout les niveaux bac+2 à bac+4, hors santé et social, pris entre l’inflation des candidatures qualifiées et une structure d’emplois qui évolue plus lentement. Les bac+5 échappent à cette tendance : leur taux de déclassement diminue depuis une dizaine d’années, et les grandes écoles restent mieux loties qu’un master universitaire classique.
La comparaison européenne relativise encore la notion de valeur unique du diplôme. Selon les données Eurostat relayées par Euronews, le chômage des diplômés du supérieur reste sous 1,5 % en Roumanie, en République tchèque, en Pologne et en Bulgarie, contre 4,7 % en France, pour une moyenne européenne de 3,6 %. Le classement relayé par Science & Vie situe par ailleurs la France à 28,1 % d’adultes titulaires d’une licence ou plus, loin derrière l’Irlande et ses 52 %. Un diplôme français protège, mais un peu moins bien qu’ailleurs en Europe.
Sécuriser son épargne quand la trajectoire professionnelle reste incertaine
Ces écarts de salaire et de stabilité rappellent une évidence que les tableaux du Céreq ne formulent pas explicitement : la carrière ne suffit plus toujours à construire une épargne solide, surtout pour les niveaux bac+2 à bac+4 exposés au déclassement. Face à cette incertitude, un nombre croissant de ménages cherche à sécuriser une partie de leurs économies en dehors du seul circuit bancaire classique. Les métaux précieux, sous forme de lingots d’or, de lingots d’argent ou de pièces d’or, s’inscrivent dans cette logique de débancarisation partielle, en complément d’un salaire ou d’une carrière jugée plus ou moins protectrice selon le diplôme obtenu.
Le diplôme demeure un facteur déterminant pour le revenu et l’accès à l’emploi. Il ne protège pas contre les aléas économiques qui touchent l’ensemble des actifs, quel que soit leur niveau de qualification. Diversifier une partie de son patrimoine, au-delà des seuls indicateurs académiques, relève d’une prudence que les chiffres du Céreq viennent, en creux, presque justifier.
Sources : BDOR - Franceinfo - La Tribune - Euronews - Science & Vie
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