La Turquie a dû vendre des tonnes d’or pour défendre sa monnaie face à une crise devenue incontrôlable
La banque centrale turque a cédé 85 tonnes d'or depuis janvier 2026, une stratégie qui interroge investisseurs et marchés mondiaux.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
La Banque centrale de la République de Turquie a vendu 85 tonnes d'or depuis janvier 2026
Le rythme des cessions reste stable, environ une tonne par mois
Cette stratégie contraste avec l'accumulation d'or pratiquée par la Chine, l'Inde ou la Pologne
L'once d'or s'échange actuellement à 3696,4 euros selon BDOR
La dette publique française atteint 118,5 % du PIB selon l'Insee
La Turquie intensifie ses ventes d'or, 85 tonnes écoulées depuis janvier
La Banque centrale de la République de Turquie a cédé une tonne d'or supplémentaire ce mois-ci, portant à 85 tonnes le volume total vendu depuis le début de l'année 2026, selon les données officielles publiées par l'institution monétaire d'Ankara. Ce chiffre, cumulé mois après mois depuis janvier, dessine une trajectoire rare parmi les grandes banques centrales, plutôt habituées ces dernières années à renforcer qu'à réduire leurs réserves aurifères.
Le rythme des cessions reste mesuré, environ une tonne par mois en moyenne, mais la régularité de l'opération interpelle les observateurs des marchés. Une gestion aussi méthodique laisse penser à une stratégie construite sur plusieurs mois plutôt qu'à une réaction ponctuelle face à une tension de trésorerie. Les 85 tonnes écoulées représentent une part notable des réserves aurifères turques, historiquement parmi les plus consistantes de la région.
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Pourquoi la banque centrale turque allège ses réserves
L'inflation turque, bien qu'en net recul par rapport aux sommets atteints en 2022 et 2023, continue de peser sur la livre turque et sur la confiance des ménages. Céder une partie du stock d'or permet à l'institution d'obtenir des liquidités en devises fortes, utiles pour soutenir le cours de la monnaie nationale ou financer des interventions sur le marché des changes. Cette logique s'inscrit dans une politique monétaire marquée depuis plusieurs années par des choix atypiques, entre taux directeurs mouvants et interventions répétées.
Un choix à contre-courant des tendances mondiales
Le contraste avec le reste du monde est frappant. Nombre de banques centrales, notamment en Chine, en Inde ou en Pologne, ont accumulé de l'or ces dernières années pour réduire leur dépendance au dollar américain. La Turquie, elle, emprunte le chemin inverse, quitte à se priver d'un actif refuge dont la valeur a nettement progressé. L'once d'or s'échange actuellement autour de 3696,4 euros, en repli de 0,23 % sur vingt-quatre heures selon les données BDOR du jour, un niveau qui aurait pu, en théorie, inciter à la conservation plutôt qu'à la vente.
Quelles conséquences pour le marché de l'or et les épargnants
Un volume de 85 tonnes reste marginal comparé à l'ensemble des réserves aurifères mondiales détenues par les banques centrales, un stock accumulé depuis des décennies. L'effet direct sur le cours mondial demeure donc limité, d'autant que la demande institutionnelle et privée reste soutenue par les incertitudes géopolitiques et la fragilité de plusieurs devises. Le marché de l'argent suit une dynamique comparable, avec une once cotée à 54,45 euros, en baisse de 0,33 % sur la journée, selon les données BDOR du jour.
Pour les épargnants français, l'épisode turc illustre une réalité plus large : la gestion des réserves d'or par les États n'obéit pas à une logique unique, et les arbitrages politiques peuvent parfois contredire les fondamentaux économiques. Cette divergence entretient une volatilité qui, loin d'être un handicap, offre des points d'entrée à qui sait observer les mouvements avec patience plutôt que précipitation.
Sécuriser son épargne face aux choix erratiques des banques centrales
Face à ces arbitrages parfois imprévisibles, une partie des ménages et des investisseurs privilégie une diversification physique de leur patrimoine, loin des circuits bancaires classiques. Les métaux précieux, sous forme de lingots d'or, de lingots d'argent ou de pièces d'or, offrent une alternative tangible pour qui souhaite réduire son exposition au système bancaire traditionnel tout en conservant un actif reconnu depuis des siècles. Cette démarche de débancarisation partielle séduit particulièrement alors que les taux d'intérêt réels restent contraints par l'inflation et que la dette publique française atteint 118,5 % du PIB selon l'Insee, un niveau qui nourrit les interrogations sur la soutenabilité budgétaire à moyen terme.
Sources : BDOR - Banque centrale de la République de Turquie - Insee
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