Faut-il encore miser sur l'or ?
L'or recule ce vendredi pendant que le pétrole augmente encore. Entre seuils d'achat et rapatriement des réserves, notre lecture du jour.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- La baisse de l’or accompagne une vente beaucoup plus large des actifs
- Entre 4 000 et 4 500 dollars, la correction recrée une zone beaucoup plus intéressante
- Pétrole, inflation et intelligence artificielle rendent le capital plus rare
- Les banques centrales restent le soutien de fond que le marché ne peut pas ignorer
- Pour l’investisseur en or, la correction ne détruit pas le scénario de long terme
En bref
L’or recule avec les actions, l’argent et le Bitcoin, dans un mouvement général de réduction du risque et de recherche de liquidités.
Le renchérissement du pétrole et des taux d’intérêt augmente le coût du financement au moment où les investissements dans l’intelligence artificielle réclament des centaines de milliards de dollars.
Marc Touati situe une zone d’achat plus intéressante sous 4 000 dollars l’once et considère le métal cher au-dessus de 4 500 dollars.
Les banques centrales ont acheté plus de 4 000 tonnes d’or entre 2022 et 2025, maintenant un soutien institutionnel puissant.
Pour un détenteur d’or physique, la correction actuelle ressemble davantage à un épisode de liquidité qu’à une remise en cause de la logique patrimoniale de long terme.
La baisse de l’or accompagne une vente beaucoup plus large des actifs
La correction du cours de l’or prend une autre dimension lorsqu’elle est observée avec le reste des marchés. Actions technologiques, argent et Bitcoin ont eux aussi fortement reculé, tandis que les investisseurs ont cherché davantage de sécurité du côté des obligations américaines. Ce comportement collectif suggère que l’or n’est pas confronté à une défiance qui lui serait propre. Les marchés cherchent surtout des liquidités à mesure que le coût du capital augmente.
Le phénomène peut être amplifié par l’endettement. Aux États-Unis, la dette sur marge utilisée pour acheter des actions avait atteint environ 1 500 milliards de dollars en juin 2026 selon la FINRA. Lorsque des positions financées à crédit perdent rapidement de la valeur, certains investisseurs doivent vendre d’autres actifs pour couvrir leurs appels de marge. Même l’or peut alors être cédé temporairement. C’est un point rassurant pour les détenteurs de long terme : une baisse simultanée des actions, des cryptomonnaies et de l’or raconte davantage une histoire de liquidité qu’une disparition de l’intérêt pour le métal.
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Entre 4 000 et 4 500 dollars, la correction recrée une zone beaucoup plus intéressante
Le recul récent remet également au centre la question du prix d’entrée. Marc Touati situe une zone d’achat qu’il juge plus attractive lorsque l’once passe sous 4 000 dollars, tandis qu’il considère qu’au-dessus de 4 500 dollars, le niveau devient élevé pour ouvrir une nouvelle position. Cette lecture n’est évidemment pas une frontière absolue, mais elle apporte un repère après les sommets spectaculaires atteints en 2026.
La baisse actuelle peut donc être lue différemment selon la situation de l’investisseur. Pour celui qui possède déjà de l’or depuis plusieurs années, elle reste limitée au regard de la progression accumulée. Pour celui qui attendait une correction avant de se positionner, le retour vers 4 000 dollars rapproche le marché d’une zone jugée plus raisonnable par certains analystes. Chercher le point bas parfait reste hasardeux. Une construction progressive de l’exposition permet davantage de lisser les mouvements sans dépendre d’une seule séance.
Pétrole, inflation et intelligence artificielle rendent le capital plus rare
La pression vient aussi de l’économie réelle. Le Bureau of Labor Statistics a annoncé une inflation américaine de 3,7 % sur un an en septembre 2026, avec une forte contribution de l’essence. Les prix élevés du pétrole compliquent la tâche de la Réserve fédérale au moment où les entreprises technologiques réclament des volumes considérables de capitaux pour financer les infrastructures d’intelligence artificielle.
Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, expliquait cette semaine que la demande pour les infrastructures IA restait extrêmement élevée, mais que les capitaux disponibles devenaient plus difficiles à mobiliser. Le FMI a lui-même étudié 14 grands accords liés à l’intelligence artificielle conclus depuis 2023 : environ 300 milliards de dollars auraient été investis en fonds propres, 650 milliards prêtés et 1 400 milliards engagés dans de futurs achats de produits et services.
Lorsque l’argent était presque gratuit, cette mécanique pouvait accélérer sans difficulté. Avec des taux obligataires élevés, l’équation change. Les acteurs les plus dépendants du crédit deviennent plus vulnérables et les investisseurs deviennent plus exigeants sur la rentabilité réelle de leurs investissements.
Les banques centrales restent le soutien de fond que le marché ne peut pas ignorer
C’est probablement l’élément le plus rassurant pour les détenteurs d’or. Les banques centrales continuent de considérer le métal comme un actif stratégique. D’après les chiffres repris par BDOR, elles ont acheté 1 082 tonnes en 2022, 1 037 tonnes en 2023, 1 092 tonnes en 2024 puis environ 863 tonnes en 2025. Cela représente plus de 4 000 tonnes d’or en quatre ans, très au-dessus de la moyenne annuelle d’environ 473 tonnes observée entre 2010 et 2021.
Les opérations françaises et néerlandaises renforcent cette lecture. La France a remplacé 129 tonnes précédemment détenues à New York par une quantité équivalente achetée en Europe, tout en maintenant ses réserves à 2 437 tonnes. Les Pays-Bas ont de leur côté réorganisé environ 86 tonnes entre l’Amérique du Nord, leur territoire et Londres. Ces mouvements ne traduisent pas une volonté de réduire les stocks. Ils montrent au contraire combien localisation, liquidité et disponibilité physique sont redevenues importantes dans la gestion des réserves publiques.
Pour un particulier, des lingots d’or et d’argent ou des pièces d’or peuvent répondre à une logique comparable de diversification, de débancarisation partielle et de sécurisation d’une fraction du patrimoine. L’or ne verse aucun rendement et son prix peut corriger fortement. Sa fonction reste pourtant différente de celle d’une action financée par la croissance future ou d’une obligation dépendante de la solvabilité d’un émetteur.
Pour l’investisseur en or, la correction ne détruit pas le scénario de long terme
Le paradoxe actuel est finalement assez favorable à une lecture patrimoniale. L’or recule alors même que les facteurs qui ont renforcé son intérêt ces dernières années restent présents : inflation supérieure aux objectifs des banques centrales, pétrole élevé, dette publique importante, tensions géopolitiques et achats institutionnels soutenus. Ce qui change à court terme, c’est surtout le prix de l’argent.
Des taux plus élevés peuvent continuer à peser sur le cours de l’or et rendre les prochains mois irréguliers. Ils n’effacent pas pour autant les milliers de tonnes achetées par les banques centrales ni la recherche croissante d’actifs détenus directement. Le marché peut encore descendre. Il peut aussi rebondir rapidement. Pour celui qui raisonne sur plusieurs années, l’essentiel consiste donc moins à prédire la prochaine séance qu’à comprendre pourquoi l’or continue de conserver une place aussi particulière dans les réserves publiques comme dans les patrimoines privés.
Sources : BDOR, Réserve fédérale américaine, Bureau of Labor Statistics, Fonds monétaire international, FINRA
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