Ruée sur l’or : les banques centrales achètent 4 fois plus qu’avant
Les banques centrales rapatrient leur or et accélèrent leurs achats, portés par la Pologne, la Chine et le Kazakhstan, loin des niveaux d'avant 2022.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L’once d’or s’établit à 3 573,56 euros le 23 octobre à 16 h 51, en baisse de 1,48 % selon BDOR.
Les banques centrales ont acheté plus de 4 000 tonnes d’or entre 2022 et 2025, contre 473 tonnes par an en moyenne entre 2010 et 2021.
Au deuxième trimestre 2026, leurs achats nets atteignent 289 tonnes selon les données reprises par BDOR.
La Pologne approchait 640 tonnes de réserves après juillet 2026 et la Chine environ 2 366 tonnes.
La France a remplacé 129 tonnes détenues à New York par un volume équivalent acheté en Europe, tandis que les Pays-Bas ont réorganisé 86 tonnes vers Londres.
Une correction quotidienne qui ne change pas la lecture de fond
Selon BDOR, le cours de l’or s’établissait à 3 573,56 euros l’once le vendredi 23 octobre 2026 à 16 h 51, soit 114,89 euros le gramme et un recul de 1,48 %. La baisse est visible, mais elle reste limitée face à la progression accumulée ces dernières années. Une séance négative ne remet pas à elle seule en cause sa place dans les stratégies de diversification.
Les conditions financières sont pourtant exigeantes. La Banque de France publie le 23 octobre un TEC 10 ans à 5,048 %, contre 4,853 % le 19 octobre. La Banque centrale européenne fixe le même jour l’euro à 1,1193 dollar, tandis que l’Energy Information Administration américaine indique une dernière clôture du WTI à 104,27 dollars le 22 octobre. Des obligations françaises offrant plus de 5 % constituent une concurrence sérieuse pour un actif sans coupon. La résistance de l’or à des niveaux historiquement élevés mérite donc d’être regardée avec calme. À nos yeux, le marché traverse davantage une consolidation qu’une rupture.
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Les banques centrales maintiennent des achats très supérieurs à l’avant-2022
Le soutien le plus solide vient des banques centrales. D’après les chiffres repris par BDOR en mai 2026, elles ont acheté 1 082 tonnes en 2022, 1 037 tonnes en 2023, 1 092 tonnes en 2024 puis 863 tonnes en 2025. Cela représente 4 074 tonnes en quatre ans, alors que la moyenne annuelle entre 2010 et 2021 tournait autour de 473 tonnes. Même après le ralentissement de 2025, le rythme reste très supérieur à celui observé avant 2022.
La tendance se poursuit en 2026. BDOR indiquait le 30 août que les achats nets avaient atteint 289 tonnes au deuxième trimestre. La Pologne avait acquis 82 tonnes au premier semestre puis approchait 640 tonnes de réserves après juillet. La Chine atteignait environ 2 366 tonnes après près de 60 tonnes ajoutées depuis janvier. Le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et Singapour figuraient aussi parmi les acheteurs. La Russie et la Turquie ont, elles, enregistré des ventes sur une partie de l’année. Les stratégies divergent, mais le niveau global des achats reste élevé. Pour les détenteurs d’or, cette demande institutionnelle constitue un soutien de long terme plus pertinent que les variations d’une seule journée.
La France et les Pays-Bas rappellent la fonction stratégique de l’or physique
Les opérations françaises et néerlandaises ne sont pas identiques. Selon BDOR, la Banque de France a vendu entre juillet 2025 et janvier 2026 les 129 tonnes d’anciens lingots conservés à New York, puis acheté en Europe un volume équivalent conforme aux standards internationaux. Aucun transport physique de ces mêmes barres n’a eu lieu entre New York et Paris. Les réserves françaises sont restées stables à 2 437 tonnes. L’opération répondait à des considérations techniques, de conformité et de liquidité.
Aux Pays-Bas, près de 86 tonnes ont été réorganisées entre l’Amérique du Nord, Zeist et Londres entre mars et août 2026. La part stockée à Londres est passée de 18,1 % à 32,1 %, selon BDOR le 10 octobre. Ces choix confirment la fonction opérationnelle de l’or physique dans les réserves publiques. Pour un particulier, des lingots d’or et d’argent ou des pièces d’or peuvent répondre à une logique comparable de diversification, de débancarisation partielle et de sécurisation patrimoniale. L’or ne verse aucun revenu et son cours peut corriger, mais sa vocation reste différente de celle d’une action ou d’une obligation. La baisse actuelle n’efface donc ni son rôle patrimonial ni l’intérêt durable que lui accordent les banques centrales.
Sources : BDOR, Banque de France, Banque centrale européenne, U.S. Energy Information Administration
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