Les banques centrales ne ralentissent pas : leurs achats d'or atteignent un niveau impressionnant
Les banques centrales relancent massivement leurs achats d'or au deuxième trimestre, effaçant le ralentissement du début d'année. Analyse et chiffres clés.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
Les banques centrales ont ajouté 166 tonnes d’or à leurs réserves au deuxième trimestre 2025.
Les achats ont reculé de 33 % par rapport au premier trimestre et de 21 % sur un an.
Ce volume reste supérieur de 41 % à la moyenne trimestrielle observée entre 2010 et 2021.
La Pologne, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et la Turquie figurent parmi les principaux acheteurs déclarés.
Les particuliers ont également renforcé leurs achats de lingots et de pièces au premier semestre 2025.
Des achats moins rapides, mais encore très supérieurs aux niveaux historiques
Les banques centrales ont acquis 166,5 tonnes d’or au deuxième trimestre 2025, selon le rapport Gold Demand Trends publié le 31 juillet 2025 par le World Gold Council. Le chiffre reste solide, mais il ne constitue pas un rebond. Les achats ont diminué de 33 % par rapport aux 248,6 tonnes du premier trimestre et de 21 % face aux 211,5 tonnes enregistrées un an plus tôt.
Cette décélération mérite d’être replacée dans une période exceptionnelle. Les 166 tonnes achetées entre avril et juin dépassent encore de 41 % la moyenne trimestrielle constatée entre 2010 et 2021. Le premier semestre s’est achevé sur un total de 415 tonnes, contre 525 tonnes durant la même période de 2024. Il s’agit du plus faible premier semestre depuis 2022, année durant laquelle l’accumulation officielle avait changé d’échelle.
Les prix élevés ont vraisemblablement ralenti certaines opérations. L’once avait progressé de 26 % depuis le début de 2025 au 30 juin, tandis que son cours moyen trimestriel atteignait un record de 3 280,35 dollars. Même une banque centrale surveille son prix d’entrée. L’idée selon laquelle ces institutions achèteraient sans regarder les valorisations est trop simpliste. Elles agissent sur plusieurs années, ajustent leurs calendriers et profitent parfois d’un repli plutôt que de poursuivre mécaniquement les cours.
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La Pologne reste en tête tandis que les achats non déclarés dominent
La Banque nationale de Pologne a conservé sa place de premier acheteur déclaré avec 19 tonnes acquises au deuxième trimestre. Ses réserves atteignaient alors 515 tonnes, soit environ 22 % de ses réserves totales. Le fonds pétrolier souverain d’Azerbaïdjan a ajouté 16 tonnes, tout comme la Banque nationale du Kazakhstan. La Turquie a renforcé ses avoirs de 11 tonnes et la Chine de 6 tonnes.
Le classement visible ne raconte pourtant qu’une partie de l’histoire. Près de 90 tonnes, soit 54 % des achats trimestriels estimés, provenaient d’opérations non déclarées au moment de la publication. Cette opacité complique les comparaisons mensuelles et oblige à manier les chiffres avec prudence. Certaines acquisitions ne sont communiquées qu’après plusieurs mois, tandis que d’autres sont reconstituées à partir des mouvements de marché et des statistiques disponibles.
Les motivations restent solides : diversifier les réserves, réduire la dépendance à quelques grandes devises et détenir un actif sans risque de contrepartie directe. L’or ne verse aucun rendement et son prix peut fortement fluctuer. Il apporte en revanche une réserve mobilisable hors du système de dette d’un autre État. Cette caractéristique explique pourquoi les pays émergents, souvent plus exposés aux sanctions, aux variations du dollar ou aux sorties de capitaux, demeurent particulièrement actifs.
Selon notre expert : Inflation, pétrole et taux américains brouillent tous les repères tandis que le cours de l’or joue une nouvelle bataille décisive.
Les particuliers renforcent aussi leurs achats de lingots et de pièces
La dynamique ne se limite pas aux institutions monétaires. Les achats mondiaux de lingots et de pièces d’or ont atteint 306,8 tonnes au deuxième trimestre 2025, en progression de 11 % sur un an. Les deux premiers trimestres de l’année ont même formé le meilleur premier semestre pour cette catégorie depuis 2013. La hausse des cours n’a donc pas seulement déclenché des prises de bénéfices : elle a également attiré des épargnants recherchant une protection patrimoniale tangible.
Le parallèle avec les banques centrales doit rester mesuré. Un particulier ne dispose ni du même horizon, ni des mêmes contraintes, ni des mêmes capacités de stockage. La logique se rejoint pourtant sur un point : ne pas concentrer toute son épargne dans des dépôts bancaires, des obligations ou une seule monnaie. Les lingots d’or et d’argent, les lingotins et les pièces d’or peuvent ainsi intégrer une stratégie de diversification, de débancarisation partielle et de sécurisation d’une fraction du patrimoine.
Cette allocation ne devrait pas être confondue avec une promesse de rendement rapide. Les écarts entre prix d’achat et de revente, la fiscalité, l’authenticité des produits, l’assurance et les conditions de conservation doivent être examinés avant toute opération. L’or physique fonctionne surtout comme une réserve de long terme. Les banques centrales l’ont compris depuis longtemps : elles peuvent ralentir leurs achats lorsque les prix grimpent, sans abandonner pour autant leur stratégie de fond.
Sources : BDOR - Réserve fédérale américaine (Fed) - Fonds Monétaire International (FMI)
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