Banques centrales : elles peuvent créer de la monnaie, mais ont encore acheté 289 tonnes d’or en trois mois
Les banques centrales peuvent créer de la monnaie mais ont encore acheté 289 tonnes d’or en trois mois. Voici pourquoi elles continuent d’en accumuler.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 6 minutes

Sommaire
- Créer de la monnaie ne permet pas de créer une réserve de valeur indépendante
- Les banques centrales viennent encore d’acheter 289 tonnes d’or en trois mois
- La Pologne et la Chine continuent d’accumuler des tonnes d’or
- Un lingot n’est la dette de personne
- Les banques centrales cherchent aussi à réduire leur dépendance aux devises étrangères
- L’or a pris une place considérable dans les réserves mondiales
- L’offre limitée de l’or le distingue fondamentalement de la monnaie
- Les banques centrales ne considèrent pas l’or comme parfait
- Une monnaie peut être créée, la confiance qui lui donne sa valeur ne se décrète pas
- L’or d’investissement reprend la logique de diversification à l’échelle du patrimoine
En bref
- Les banques centrales ont acheté net 289 tonnes d’or au deuxième trimestre 2026, un record pour cette période de l’année.
- Elles ont accumulé en moyenne près de 1 000 tonnes par an au cours des quatre dernières années, contre environ 500 tonnes annuelles durant la décennie précédente.
- 89 % des gestionnaires de réserves interrogés par le World Gold Council pensent que les réserves mondiales d’or vont encore progresser dans les douze prochains mois.
- Une banque centrale peut créer sa propre monnaie, mais elle ne peut pas créer de l’or, de dollars, de ressources énergétiques ou de pouvoir d’achat international sans conséquence sur la valeur de sa devise.
- L’or physique détenu directement ne représente la dette d’aucun État, d’aucune banque et d’aucune entreprise.
- La diversification, les risques géopolitiques, la protection contre certaines sanctions et la recherche d’une réserve indépendante des devises étrangères expliquent une partie des achats actuels.
- L’or possède aussi des limites pour une banque centrale : il ne verse aucun intérêt, son prix est volatil et il ne peut pas remplacer les actifs très liquides nécessaires aux interventions de court terme.
Créer de la monnaie ne permet pas de créer une réserve de valeur indépendante
Une banque centrale possède un pouvoir que ni un ménage, ni une entreprise, ni une banque commerciale ne détient sous la même forme : elle peut émettre de la monnaie de banque centrale. Cette capacité pourrait donner l’impression que l’achat de centaines de tonnes d’or est devenu inutile. Pourquoi immobiliser des milliards dans des lingots lorsqu’une institution monétaire peut créer des euros, des dollars, des yuans ou des zlotys ?
La réponse tient à la différence entre une monnaie et un actif de réserve.
La Banque centrale européenne rappelle que les économies modernes utilisent des monnaies fiduciaires. L’euro n’est plus convertible en une quantité déterminée d’or. Les banques centrales de l’Eurosystème peuvent créer de la monnaie centrale sous forme de billets ou de réserves électroniques créditées sur les comptes des banques. La Banque de France précise également que la banque centrale dispose du monopole d’émission de la monnaie fiduciaire et influence la création monétaire réalisée par les banques commerciales.
Cette capacité n’équivaut pas à une création illimitée de richesse.
Créer 100 milliards d’euros supplémentaires ne fait pas apparaître simultanément 100 milliards d’euros de pétrole, de machines, de logements, de produits importés ou d’actifs étrangers. La monnaie permet d’acquérir des ressources réelles à condition que les vendeurs continuent d’accepter cette monnaie à une valeur suffisamment stable.
La BCE l’explique de manière très directe : une banque centrale peut techniquement créer autant de monnaie centrale que nécessaire pour remplir ses opérations, mais mettre toujours davantage de monnaie en circulation finirait par pousser les prix à la hausse et entrerait en contradiction avec son mandat de stabilité des prix.
L’or détenu par une banque centrale possède une caractéristique très différente. Il existe déjà physiquement dans son bilan. Sa quantité ne peut pas être augmentée par une décision comptable. Une banque centrale peut créer des unités de sa propre devise, mais elle ne peut pas créer une tonne d’or supplémentaire par décret.
Cette différence explique une bonne partie du regain d’intérêt observé depuis plusieurs années.
Selon le Fonds monétaire international, l’or présente trois qualités particulières pour les réserves officielles : il constitue une réserve de valeur reconnue, ne présente ni risque de crédit ni risque de contrepartie et peut contribuer à la résistance du bilan d’une banque centrale sur le long terme.
La question n’est donc pas de choisir entre monnaie et or.
Une banque centrale a besoin de sa monnaie pour conduire sa politique monétaire. Elle conserve parallèlement des actifs de réserve destinés à préserver sa capacité d’action, à diversifier son bilan et à ne pas dépendre entièrement des engagements financiers émis par d’autres acteurs.
Les banques centrales viennent encore d’acheter 289 tonnes d’or en trois mois
Le mouvement observé en 2026 montre que cette logique n’est pas théorique.
Selon le dernier rapport Gold Demand Trends du World Gold Council, les banques centrales et institutions officielles ont enregistré 289 tonnes d’achats nets au deuxième trimestre 2026. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré pour un deuxième trimestre dans la série de l’organisation. Le volume dépasse de 62 % celui du deuxième trimestre 2025.
Après révision des estimations du premier trimestre, les achats nets atteignent environ 345 tonnes sur les six premiers mois de 2026.
| Période | Achats nets des banques centrales |
|---|---|
| T1 2026, estimation révisée | ≈ 57 tonnes |
| T2 2026 | ≈ 289 tonnes |
| Premier semestre 2026 | ≈ 345 tonnes |
| Moyenne annuelle des quatre dernières années | ≈ 1 000 tonnes/an |
| Moyenne de la décennie précédente | ≈ 500 tonnes/an |
Sources : World Gold Council.
Le rythme varie fortement d’un trimestre à l’autre, notamment parce que certaines banques vendent ponctuellement une partie de leurs réserves ou utilisent des opérations de swap. La tendance de fond reste pourtant nettement supérieure à celle observée avant 2022.
Le World Gold Council estime que les banques centrales ont accumulé en moyenne près de 1 000 tonnes par an au cours des quatre dernières années, soit environ deux fois le rythme annuel moyen de la décennie précédente.
Les cours élevés n’ont pas fait disparaître cet intérêt.
Le 21 août 2026, l’or spot évoluait autour de 4 537 dollars l’once, après une nouvelle progression hebdomadaire. Le niveau est très supérieur à celui observé seulement quelques années auparavant. Les institutions continuent pourtant d’ajouter de l’or à leurs réserves.
Le marché officiel n’est pas homogène. Certaines banques achètent, d’autres vendent en fonction de leurs besoins de devises, de leur situation économique ou de la structure de leur bilan. La Turquie et la Russie ont notamment enregistré des ventes importantes durant la première partie de 2026.
Les achats restent malgré cela suffisamment importants pour placer les banques centrales parmi les acteurs structurants du marché mondial de l’or.
La Pologne et la Chine continuent d’accumuler des tonnes d’or
Les données publiées pour le premier semestre permettent d’identifier plusieurs grands acheteurs.
La Banque nationale de Pologne occupe la première place parmi les achats officiellement déclarés, avec environ 82 tonnes supplémentaires entre janvier et juin 2026. Elle détenait alors environ 632 tonnes et se rapprochait de son objectif affiché de 700 tonnes.
La Chine poursuit elle aussi son accumulation. La Banque populaire de Chine a ajouté environ 33 tonnes au deuxième trimestre, portant ses achats du premier semestre à environ 40 tonnes et ses avoirs officiels à près de 2 346 tonnes selon le World Gold Council.
L’Ouzbékistan, le Kazakhstan, la République tchèque, Singapour, la Jordanie ou encore le Ghana apparaissent également parmi les acheteurs.
| Banque centrale / pays | Achats nets déclarés au S1 2026 |
| Pologne | +82 t |
| Ouzbékistan | +41 t |
| Chine | +40 t |
| Kazakhstan | +27 t |
| République tchèque | +11 t |
| Singapour | +10 t |
| Chili | +8 t |
| Jordanie | +6 t |
| Ghana | +6 t |
Données officiellement déclarées disponibles à fin juin 2026. Elles diffèrent des estimations globales du World Gold Council, qui intègrent également une estimation des achats non déclarés.
Cette répartition mérite attention.
Les grands acheteurs récents ne sont pas uniquement des puissances cherchant à se débarrasser du dollar. Certains souhaitent augmenter la diversification de leurs réserves. D’autres disposent de réserves en devises importantes et souhaitent en consacrer une part supérieure à un actif qui n’est émis par aucun gouvernement étranger.
La Banque centrale européenne observe également un lien entre l’exposition géopolitique et certains comportements d’achat. Depuis 2022, les pays qui ont accumulé de grandes quantités d’or se trouvent souvent dans des régions présentant davantage de risques liés aux conflits ou aux relations internationales. La BCE cite notamment la Chine, la Pologne, la Turquie et l’Inde parmi les principaux acheteurs des dernières années.
L’objectif n’est donc pas nécessairement d’abandonner les devises de réserve.
Il s’agit plutôt de ne pas dépendre exclusivement d’elles.
Un lingot n’est la dette de personne
Cette propriété constitue probablement l’avantage le plus simple à comprendre.
Une obligation d’État est un actif pour celui qui la possède, mais une dette pour l’État qui l’a émise.
Un dépôt bancaire représente une créance sur une banque.
Une réserve en devises repose sur la monnaie et le système financier d’une autre juridiction.
Un lingot d’or physique détenu directement ne constitue la dette de personne.
La BCE souligne précisément cette caractéristique : contrairement aux obligations et à de nombreux autres actifs financiers, l’or n’est le passif d’aucune contrepartie et ne comporte donc pas de risque de défaut lié à un émetteur.
Le FMI arrive à une lecture comparable dans une étude publiée en juillet 2026 sur la place de l’or dans les réserves des banques centrales. L’institution rappelle que l’or ne comporte pas de risque de crédit et peut aussi offrir une certaine protection face au risque de sanctions financières.
Cette caractéristique a pris davantage de poids depuis le début des années 2020.
Les réserves internationales ne sont plus seulement évaluées selon leur rendement et leur liquidité. Leur localisation, leur devise, la juridiction dont elles dépendent et les relations politiques avec le pays émetteur deviennent des paramètres stratégiques.
Une obligation détenue dans un système financier étranger peut être affectée par une sanction ou un gel. Un stock d’or physiquement contrôlé sur le territoire national répond à une logique différente.
Le métal ne devient pas pour autant juridiquement ou politiquement inaccessible à toute mesure extérieure, mais le risque n’est pas de même nature.
Le Fonds monétaire international estime que cette neutralité explique en partie le regain d’intérêt. L’or appartient à aucun État émetteur, ne dépend pas d’une promesse de remboursement et se négocie sur un marché international profond.
Pour une banque centrale, cette absence de contrepartie peut justifier d’accepter un autre défaut de l’or : il ne verse aucun intérêt.
Les banques centrales cherchent aussi à réduire leur dépendance aux devises étrangères
Créer sa propre monnaie ne permet pas de créer les monnaies des autres pays.
La Banque centrale européenne peut créer des euros. La Banque populaire de Chine peut créer des yuans. La Réserve fédérale peut créer des dollars.
Aucune ne peut décider un matin de créer librement des centaines de milliards de devises étrangères dans son propre bilan.
Or les réserves internationales servent précisément à disposer d’actifs utilisables hors de l’économie nationale : devises, titres souverains étrangers, droits de tirage spéciaux et or.
Une banque centrale peut avoir besoin de ces réserves pour intervenir sur le marché des changes, financer certains besoins extérieurs, sécuriser les importations ou rassurer les investisseurs sur la capacité du pays à honorer ses engagements internationaux.
Créer davantage de monnaie nationale pour acheter des devises étrangères n’est pas neutre. Une telle opération modifie le bilan de la banque centrale, peut influencer le taux de change et, utilisée à une échelle excessive, affecter la confiance dans la monnaie elle-même.
L’or offre une voie différente.
Une fois acquis, il constitue un actif international dont la valeur ne dépend pas directement de la politique monétaire du pays émetteur d’une devise particulière.
Cette recherche de diversification est désormais clairement visible dans les enquêtes auprès des banques centrales.
En 2026, 89 % des 76 gestionnaires de réserves interrogés par le World Gold Council pensent que les réserves mondiales d’or augmenteront au cours des douze prochains mois. Le chiffre constitue l’un des niveaux les plus élevés enregistrés depuis le lancement de l’étude.
Plus remarquable encore, 45 % prévoient d’augmenter les réserves de leur propre banque centrale, un record dans cette enquête.
| Opinion des banques centrales interrogées en 2026 | Part des réponses |
| Les réserves mondiales d’or vont augmenter sur 12 mois | 89 % |
| Leur propre institution devrait augmenter ses réserves | 45 % |
| L’or devrait représenter une part supérieure des réserves dans cinq ans | 84 % |
Source : Central Bank Gold Reserves Survey 2026, World Gold Council.
La demande officielle actuelle ressemble donc moins à une réaction ponctuelle qu’à une réflexion sur la composition des réserves à long terme.
L’or a pris une place considérable dans les réserves mondiales
La hausse du cours joue elle aussi un rôle majeur.
La BCE estime que la valeur de l’or représentait 27 % du total des réserves officielles mondiales prises en compte dans son analyse à la fin de 2025. Sa part dépassait alors celle de l’euro, autour de 15 %, ainsi que celle des titres du Trésor américain, autour de 22 %, dans la comparaison retenue par l’institution.
Cette progression ne provient pas uniquement des achats.
La hausse spectaculaire du prix du métal a mécaniquement augmenté la valeur des tonnes déjà détenues depuis parfois plusieurs décennies.
Le FMI fournit un chiffre particulièrement parlant. Entre 2018 et 2025, la valeur de marché des avoirs en or des banques centrales est passée d’environ 1 200 milliards à 4 500 milliards de dollars, soit une hausse proche de 268 %. Sur la même période, la quantité physique détenue n’a progressé que d’environ 8,5 %.
Cette différence explique pourquoi certaines anciennes puissances aurifères ont vu leur patrimoine de réserve s’apprécier sans acheter massivement de nouvelles tonnes.
La France en fournit une illustration directe avec ses quelque 2 437 tonnes maintenues à un niveau pratiquement stable depuis 2009.
La forte valorisation de ces stocks renforce également le bilan des banques centrales qui possèdent déjà beaucoup d’or.
Le FMI appelle pourtant à ne pas confondre hausse de valeur et amélioration garantie de la capacité financière. Une augmentation du cours peut être suivie d’une baisse et l’or demeure un actif beaucoup plus volatil que certaines réserves à court terme.
Cette réserve reste donc stratégique, mais sa fonction ne doit pas être caricaturée.
Les banques centrales n’achètent pas de l’or parce qu’elles pensent que toutes les monnaies fiduciaires vont disparaître. Elles l’utilisent comme une composante différente au sein d’un portefeuille comprenant aussi devises, obligations, dépôts et actifs internationaux.
L’offre limitée de l’or le distingue fondamentalement de la monnaie
La rareté physique constitue une autre différence majeure.
La production mondiale ne peut pas être augmentée du jour au lendemain parce qu’une banque centrale ou un gouvernement le souhaite.
Le FMI estime que la production minière annuelle n’ajoute qu’environ 1,5 % au stock d’or déjà extrait et disponible au-dessus du sol.
Le World Gold Council a comptabilisé environ 966 tonnes de production minière au deuxième trimestre 2026, soit un record pour un deuxième trimestre mais seulement 2 % de plus qu’un an auparavant.
Cette inertie contraste fortement avec la monnaie centrale.
| Caractéristique | Monnaie fiduciaire / centrale | Or physique |
| Création supplémentaire | Possible par décision monétaire | Dépend de l’extraction et du recyclage |
| Émetteur | Banque centrale | Aucun |
| Risque de contrepartie | Dépend du système monétaire | Pas de risque de crédit de l’émetteur |
| Rendement propre | Variable selon actifs monétaires | Aucun intérêt |
| Offre | Peut fortement évoluer | Relativement contrainte |
| Utilisation quotidienne | Très élevée | Faible |
| Rôle dans les réserves | Principal outil monétaire | Diversification et réserve de long terme |
Cette rareté ne garantit pas une hausse permanente du cours.
Elle signifie simplement que l’offre ne peut pas répondre instantanément à une forte augmentation de la demande.
Lorsque des banques centrales décident collectivement d’acheter plusieurs centaines de tonnes, l’ajustement ne peut pas venir d’une « création » supplémentaire de métal comparable à une émission monétaire.
Il doit provenir de la production minière, du recyclage ou de vendeurs acceptant de céder une partie de leurs stocks existants.
Cette contrainte participe à la formation du prix.
Les banques centrales ne considèrent pas l’or comme parfait
La mise en valeur de l’or ne doit pas faire disparaître ses limites.
Le FMI a publié en juillet 2026 une analyse précisément consacrée aux risques associés à l’or dans les réserves officielles. Sa conclusion est équilibrée : l’or peut améliorer la résilience d’un portefeuille de long terme, mais sa volatilité impose aux banques centrales une gestion prudente.
Le métal ne verse aucun coupon.
Lorsque les obligations souveraines offrent des rendements élevés, conserver de l’or comporte donc un coût d’opportunité.
Son prix peut également subir de fortes corrections. L’année 2026 l’a démontré : après avoir atteint des niveaux records au début de l’année, le cours a connu un repli très marqué avant de rebondir durant l’été.
Le FMI juge également l’or moins adapté à la partie des réserves devant être mobilisable immédiatement pour répondre à une crise de liquidité. Les devises et certains titres souverains très liquides restent mieux adaptés à cette fonction.
L’or n’est donc pas destiné à remplacer toutes les réserves en dollars, euros ou obligations.
Sa force tient précisément à sa différence.
Une banque centrale peut conserver des actifs liquides pour intervenir rapidement et parallèlement une réserve aurifère davantage destinée à renforcer son bilan sur des horizons longs.
Une monnaie peut être créée, la confiance qui lui donne sa valeur ne se décrète pas
Le paradoxe initial trouve ici sa réponse.
Une banque centrale peut créer de la monnaie comptable. Elle ne peut pas décider de la quantité de biens que cette monnaie permettra d’acheter demain.
La valeur d’une devise dépend notamment de la stabilité des prix, de la crédibilité des institutions, de la situation économique, de la politique budgétaire, des taux d’intérêt et de la confiance des utilisateurs.
La Banque de France rappelle que la relation entre quantité de monnaie et inflation existe sur le long terme, même si elle est beaucoup plus complexe à court terme qu’une simple relation mécanique.
Une création monétaire excessive peut donc finir par réduire le pouvoir d’achat de chaque unité de monnaie existante.
Cette contrainte est absente sous la même forme pour l’or.
Personne ne peut décider de doubler le stock mondial disponible en quelques mois.
Cette différence ne signifie pas que le métal conserve toujours parfaitement son pouvoir d’achat ou qu’il constitue une couverture automatique contre chaque épisode inflationniste. Le FMI souligne justement que ses propriétés de couverture varient selon la nature des chocs économiques.
Elle explique malgré tout pourquoi un actif qui ne rapporte aucun intérêt et nécessite des coûts de stockage continue d’occuper une place aussi importante dans les coffres des banques centrales.
Le choix révèle une idée simple : la capacité à créer de la monnaie augmente l’intérêt de disposer parallèlement d’actifs que l’on ne peut pas créer.
L’or d’investissement reprend la logique de diversification à l’échelle du patrimoine
Un particulier ne gère pas son patrimoine comme une banque centrale et ne dispose évidemment ni des mêmes contraintes ni des mêmes objectifs.
Le comportement actuel des institutions monétaires rappelle malgré tout l’intérêt d’une règle patrimoniale ancienne : ne pas concentrer l’ensemble de ses avoirs sur une seule forme de détention.
L’or d’investissement, sous forme de lingots, lingotins ou pièces d’or, permet de conserver une partie du patrimoine dans un actif physique qui ne correspond pas à une créance directe sur une banque ou un émetteur financier. Il peut ainsi participer à une stratégie de diversification et de débancarisation partielle sur le long terme.
Cette détention ne remplace pas les euros nécessaires aux dépenses courantes, l’épargne de précaution disponible ni les placements produisant des revenus. L’or ne verse aucun intérêt et son prix peut connaître des corrections importantes.
Son intérêt se situe ailleurs.
Comme pour une banque centrale, il apporte au patrimoine une composante dont l’offre est physiquement contrainte, dont le marché est international et qui ne repose pas sur la promesse de remboursement d’une contrepartie.
Les achats officiels de 2026 renforcent cette lecture. Malgré des prix historiquement élevés, les banques centrales ont encore acquis 289 tonnes nettes en seulement trois mois et près de la moitié des gestionnaires de réserves interrogés envisagent d’augmenter leurs propres stocks dans l’année à venir.
Elles possèdent pourtant toutes une monnaie.
Ce qu’elles achètent avec l’or est précisément ce qu’elles ne peuvent pas fabriquer elles-mêmes : un actif rare, physique, international et sans émetteur.
Sources : BDOR, World Gold Council, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international, Banque de France, Reuters et données des banques centrales nationales.
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