Le cours du pétrole WTI : les tirs iraniens sur Ormuz relancent les prix malgré l'excès d'offre
Le WTI repasse au-dessus de 69 dollars après des tirs iraniens à Ormuz, mais l'excès d'offre mondiale limite la hausse des prix du brut.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
Le baril de WTI remonte autour de 69,20 dollars après des tirs iraniens contre des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz
Deux bâtiments ont subi des dégâts matériels, sans victime signalée, selon un responsable américain cité par Bloomberg
Le trafic maritime dans le détroit reprend déjà son cours normal, atténuant les craintes sur l'approvisionnement
Saudi Aramco réduit de 11 dollars le prix de son brut Arab Light pour l'Asie, une décision rarissime
L'OPEP+ a validé un relèvement des quotas de production, confirmant un marché mondial largement approvisionné
L'or recule pendant que les rendements obligataires progressent sous l'effet des craintes inflationnistes
Une flambée sous tension géopolitique
Le baril de WTI a repris des couleurs mardi, s'échangeant autour de 69,20 dollars pendant la séance asiatique, après une journée de légère baisse. La cause immédiate tient en une phrase : deux missiles tirés par l'Iran contre des navires commerciaux transitant par le détroit d'Ormuz, tard lundi soir. Deux bâtiments ont subi des dégâts matériels conséquents, sans qu'aucune victime ne soit à déplorer selon un responsable américain cité par Bloomberg. L'UK Maritime Trade Operations a de son côté confirmé qu'un pétrolier en direction du sud avait été touché par un projectile non identifié sur son flanc bâbord, provoquant un début d'incendie à bord.
A lire aussi : L'or plonge alors que les tensions au Moyen-Orient font paradoxalement fuir les investisseurs vers d'autres actifs
Un marché qui refuse de paniquer
Malgré ces incidents, le prix du pétrole WTI reste ancré près de son plus bas niveau en quatre mois. La raison tient en un mot : l'offre. Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz a déjà repris son cours normal, huit navires liés au Japon, dont cinq supertankers capables de transporter deux millions de barils chacun, ayant quitté la zone sans encombre via une route proche des côtes iraniennes. L'inquiétude s'estompe presque aussi vite qu'elle est apparue, laissant les traders partagés entre prudence militaire et lecture froide des fondamentaux.
Saudi Aramco frappe fort sur les prix
Le mouvement le plus marquant vient peut-être de Ryad. Saudi Aramco a réduit de 11 dollars le baril le prix de son brut Arab Light destiné aux acheteurs asiatiques, le plaçant à 1,50 dollar de décote face à la référence régionale. Une décision aussi radicale n'a été observée qu'à deux reprises auparavant, lors des guerres des prix de 2015 et 2020. Ce rabais accompagne un accord conclu ce week-end au sein de l'OPEP+ pour relever les quotas de production dès le mois prochain, dessinant les contours d'un marché mondial généreusement approvisionné.
Selon notre expert : Pendant que le pétrole s'enflamme à Ormuz, le métal refuge perd du terrain sous les yeux stupéfaits des marchés
Le dollar et les taux, variables déterminantes
La livre sterling poursuit sa série de gains pour la neuvième journée consécutive face au billet vert, tandis que l'euro campe au-dessus de 1,1400. Ces mouvements traduisent un recul des anticipations de hausse de taux par la Réserve fédérale, ce mois-ci comme en septembre. Or, le pétrole étant majoritairement libellé en dollars, tout affaiblissement du billet vert tend mécaniquement à soutenir les cours du brut, une variable qui vient nuancer la pression baissière liée à l'offre.
L'or recule, les liquidités cherchent ailleurs
Curieusement, la remontée du brut n'a pas profité à l'or. Le métal a cédé du terrain pour la deuxième séance consécutive, glissant vers la zone des 2 400 dollars l'once, alors même que les tensions géopolitiques auraient pu jouer en sa faveur en tant que valeur refuge. Ce repli s'explique en partie par la remontée des rendements obligataires, portée par des craintes inflationnistes persistantes, qui rend les actifs sans rendement comme l'or moins attractifs pour les investisseurs à la recherche de performance immédiate.
Perspectives : entre risque géopolitique et fondamentaux baissiers
Le marché du pétrole WTI semble ainsi tiraillé entre deux forces contraires. D'un côté, le risque géopolitique lié au détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour près d'un cinquième du pétrole mondial, continue de faire planer une prime de risque sur les prix. De l'autre, l'abondance de l'offre, confirmée par les décisions de l'OPEP+ et par la baisse tarifaire de Saudi Aramco, exerce une pression baissière durable. Les prochains jours diront si les tensions à Ormuz s'apaisent définitivement ou si elles constituent le prélude à une escalade plus large, susceptible de redessiner la trajectoire des cours du brut.
Sources : BDOR - Bloomberg - UK Maritime Trade Operations - Energy Information Administration
Prenez en main votre patrimoine : que faire maintenant ?
Partager l'article :

