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Essence : les pétroliers engrangent des milliards pendant que les prix explosent

Les pétroliers captent 81 M€/jour en Europe depuis la fermeture d'Ormuz. TotalEnergies dépasse le milliard de dollars sur une seule opération de négoce en mars 2026.

Par Cécile DOERFLINGER

Article publié le : 11 avril, 2026

Temps de lecture : 2 minutes

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Essence : les pétroliers engrangent des milliards pendant que les prix explosent

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En bref

  • Le litre de diesel atteint 2,243 euros en France le 1er avril 2026, soit 49 centimes de plus qu'avant le début du conflit israélo-américain contre l'Iran fin février.

  • Sur ces 49 centimes, 18 proviennent directement de l'élargissement des marges des distributeurs, sans rapport avec le coût du brut.

  • Via sa filiale Totsa, TotalEnergies a acheté plus de 34 millions de barils de brut aux Émirats et à Oman en mars, dégageant un bénéfice estimé à plus d'un milliard de dollars.

  • Les compagnies pétrolières opérant en Europe accumulent 81 millions d'euros de surprofits par jour ; T&E projette 24 milliards d'euros d'ici fin 2026.

  • En France, la taxation des superprofits pétroliers en 2022 n'a rapporté que 69 millions d'euros, contre 200 millions attendus par Bercy.


49 centimes de plus à la pompe : anatomie d'une hausse à deux vitesses

 

Le 1er avril 2026, un automobiliste français a payé son litre de diesel 49 centimes de plus qu'avant le déclenchement du conflit israélo-américain contre l'Iran, fin février. L'association Transport & Environment (T&E), s'appuyant sur les données du cabinet Energy Comment commanditées par Greenpeace, décompose cette hausse : 25 centimes reflètent la progression effective du pétrole brut sur les marchés internationaux ; 18 centimes correspondent à l'élargissement des marges des distributeurs, sans lien avec le coût de la matière première.

À chaque plein de 55 litres, la facture s'alourdit de 15 à 27 euros. Sur l'essence, l'écart atteint 27 centimes par litre en moyenne depuis le début des hostilités. Un paramètre fiscal amplifie le phénomène : environ 60 % du prix à la pompe en France provient des taxes (TICPE et TVA), parmi les niveaux les plus élevés d'Europe. Les marges supplémentaires des distributeurs se concentrent donc sur les 40 % restants, alourdissant mécaniquement leur poids dans la fraction non taxée. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait identifié l'anomalie dès la mi-mars : l'écart entre le cours du brut et le prix du diesel vendu en Europe avait doublé en quelques semaines, de 25 dollars par baril en février à plus de 50 dollars début mars.

 

A lire aussi : L'or franchit les 3 200 dollars l'once en ce début d'avril 2026, porté par la crise d'Ormuz, l'accélération de l'inflation en zone euro et les achats massifs des banques centrales en quête de réserves physiques.

 


Le verrou du détroit d'Ormuz

 

Vingt millions de barils par jour transitaient par le détroit d'Ormuz avant que l'Iran n'en annonce la fermeture au début du conflit. Le passage constitue la seule voie maritime de sortie pour les productions saoudienne, irakienne, émiratie, koweïtienne et qatarie. La privation estimée s'élève à 11 millions de barils par jour sur les marchés mondiaux, pétrole et produits raffinés confondus. Le GNL qatari, représentant un cinquième de l'offre mondiale de gaz naturel liquéfié, se trouve lui aussi bloqué.

Le 21 mars, Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE, a qualifié la fermeture du détroit de « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l'histoire ». Le Brent a culminé à environ 120 dollars le baril à la mi-mars, avant de revenir autour de 104 dollars au 1er avril.

 


TotalEnergies : un milliard de dollars sur une seule opération

 

En mars, via sa filiale de négoce Totsa, TotalEnergies a acheté la totalité des cargaisons de brut disponibles aux Émirats arabes unis et à Oman pour chargement en mai : environ 70 cargaisons, soit plus de 34 millions de barils, le double de ses acquisitions habituelles sur cette zone. S&P Global Platts avait suspendu le 2 mars les nominations des qualités de brut transitant par Ormuz, ouvrant une opportunité que Totsa a saisie immédiatement.

Le baril de Dubaï est passé d'environ 70 dollars avant le conflit à près de 170 dollars au pic. TotalEnergies a adossé ses achats physiques à des instruments financiers (contrats à terme, options, swaps) pour verrouiller ses gains dès la conclusion des transactions. Le bénéfice total de l'opération est estimé par le Financial Times à plus d'un milliard de dollars, soit 868 millions d'euros. Adi Imsirovic, chercheur à l'Université d'Oxford spécialisé dans les marchés pétroliers, a déclaré au FT qu'il s'agissait « potentiellement de la plus grande prise de position de l'histoire des marchés pétroliers ».

 


81 millions d'euros par jour, 24 milliards d'ici fin 2026

 

Selon le tracker de T&E mis à jour le 1er avril, les compagnies pétrolières opérant en Europe accumulent quotidiennement plus de 81 millions d'euros de surprofits par rapport à leur niveau d'avant-guerre. Au 1er avril, 1,3 milliard d'euros avaient déjà été enregistrés depuis le début du conflit. Au rythme actuel, T&E projette 24 milliards d'euros de bénéfices exceptionnels d'ici à fin 2026. Le périmètre du tracker reste par ailleurs restrictif : il couvre uniquement les carburants routiers, excluant le kérosène, les carburants marins et le fioul domestique.

 


Plafonnement en Croatie, contrôles en France

 

Le gouvernement Lecornu a annoncé le 27 mars un plan d'aide d'environ 70 millions d'euros pour avril, ciblant exclusivement les professionnels (pêcheurs, agriculteurs, transporteurs routiers). Tout bouclier tarifaire a été écarté. La baisse de la TVA sur les carburants a été jugée « inefficace et coûteuse ». Bercy a lancé 500 contrôles de stations-service sans disposer du pouvoir juridique pour sanctionner les marges.

En Europe, les approches divergent radicalement. La Croatie et la Hongrie ont instauré un plafonnement dès le 10 mars, le diesel ne dépassant pas 1,55 euro le litre en Croatie. L'Allemagne étudie une taxe spécifique sur les surprofits. Le 26 mars, la Commission européenne a présenté une boîte à outils aux ministres des Finances de l'UE incluant un plafonnement du prix du pétrole et une taxe sur les bénéfices exceptionnels, sans décision arrêtée à ce stade.

 


Le précédent 2022 : un mécanisme qui a failli

 

T&E réclame la réactivation du mécanisme européen de taxation des surprofits fossiles, déjà mobilisé après l'invasion russe de l'Ukraine. Ce dispositif taxait à 33 % les bénéfices des compagnies dépassant de 20 % leur moyenne de profits sur la période 2018-2021. À l'échelle de l'UE, les recettes cumulées entre 2022 et 2023 ont atteint environ 28 milliards d'euros.

Le bilan français est documenté comme un échec. Selon l'Institut des politiques publiques (mai 2024), la taxe sur les superprofits pétroliers (CES) n'a rapporté que 69 millions d'euros en 2022, contre 200 millions attendus par Bercy et entre 1,15 et 3 milliards projetés initialement par l'IPP. La taxe sur les énergéticiens (CRIM) n'a produit que 625 millions d'euros, contre 12,3 milliards escomptés par le ministère des Finances. Exemptions administratives, champ d'application délibérément restrictif et optimisation fiscale agressive des groupes concernés expliquent ces écarts béants.

 


Une inflation sous pression au-delà de la pompe

 

L'inflation en zone euro a atteint 2,5 % en mars 2026 selon Eurostat, contre 1,9 % en février, franchissant l'objectif de 2 % de la BCE. La Banque centrale européenne a maintenu son taux directeur à 2 % le 19 mars, mais les marchés anticipent plusieurs hausses en 2026. Joerg Kraemer, économiste en chef de Commerzbank, prévoit un dépassement des 3 % d'ici mai 2026 en l'absence d'une fin rapide du conflit.

Le transport aérien encaisse le choc directement : Air France-KLM a imposé une surtaxe de 25 euros par trajet sur les vols intercontinentaux en classe économique depuis le 11 mars, suivie par Lufthansa, Ryanair, SAS et Finnair. La pénurie d'engrais consécutive au blocage d'Ormuz menace à terme les approvisionnements agricoles mondiaux, un risque que ni la Commission européenne ni les gouvernements nationaux n'ont encore chiffré publiquement.

 

Selon notre expert : Pendant que les majors pétroliers enregistrent des superprofits records sur fond de conflit au Moyen-Orient, les épargnants redécouvrent l'or physique comme protection face à une inflation qui s'emballe en zone euro.

 


Sécuriser son épargne face à la volatilité énergétique

 

La flambée des prix de l'essence, la remontée de l'inflation et l'incertitude géopolitique autour du détroit d'Ormuz illustrent à quel point les marchés de l'énergie peuvent redistribuer brutalement les richesses, au détriment des ménages et au profit des grandes compagnies. Dans ce contexte de fragilité monétaire, diversifier son épargne en dehors du système bancaire traditionnel prend tout son sens. Les investissements physiques en or et en argent, qu'il s'agisse de lingots d'or, de lingots d'argent ou de pièces d'or certifiées, constituent une réserve de valeur historiquement reconnue en période de turbulences économiques. Face à une inflation qui érode le pouvoir d'achat et à une BCE contrainte de resserrer sa politique monétaire, placer une partie de son patrimoine dans des actifs tangibles représente une stratégie éprouvée de débancarisation et de protection de l'épargne à long terme.

 

Sources :  BDOR

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