800 millionnaires ont quitté la France : près de 4 milliards d’euros de richesse envolés en un an
800 millionnaires quittent la France en 2025, emportant près de 4 milliards d’euros, pendant que l’Italie séduit les grandes fortunes.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- Un solde migratoire qui redessine la carte des grandes fortunes
- Quatre milliards d’euros, un chiffre à manier avec prudence
- Fiscalité, stabilité et arbitrages : ce qui pousse les grandes fortunes à partir
- L’Italie et ses rivaux profitent de la compétition fiscale européenne
- Sécuriser son patrimoine face à l’incertitude fiscale
En bref
La France enregistre un solde net de 800 millionnaires en moins en 2025 selon le Henley Private Wealth Migration Report
Ce départ net représenterait près de 4 milliards d’euros d’actifs personnels selon l’iFRAP
L’Italie a accueilli environ 3 600 résidents fortunés supplémentaires, devançant la Suisse créditée de 3 000 arrivées nettes
Le débat sur une taxe annuelle de 2% proposée par Gabriel Zucman sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros relance les arbitrages fiscaux
La France compte encore 2,4 millions de millionnaires selon UBS, ce qui relativise l’ampleur du phénomène
Un solde migratoire qui redessine la carte des grandes fortunes
La France aurait perdu net 800 millionnaires en 2025, selon les estimations du Henley Private Wealth Migration Report publiées le 24 juin 2025 et relayées par Le Figaro. Ce solde agrège départs et arrivées de contribuables fortunés, sans constituer un décompte administratif des expatriations fiscales. Le rapport table par ailleurs sur 142 000 déplacements internationaux de millionnaires à travers le monde, un mouvement qui touche l’ensemble des économies développées et pas uniquement l’Hexagone.
Ramené à la population concernée, l’ampleur du phénomène mérite d’être relativisée. Le UBS Global Wealth Report, cité par Euronews, recensait encore environ 2,4 millions de personnes disposant d’un patrimoine supérieur à un million d’euros sur le territoire français. Sur cette base, la perte nette de 800 profils représente une fraction marginale de la population millionnaire hexagonale. Le sujet nourrit malgré tout un débat récurrent sur la compétitivité fiscale du pays, tant les grandes fortunes concentrent une part disproportionnée de l’investissement privé et de la création d’emplois.
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Quatre milliards d’euros, un chiffre à manier avec prudence
L’Institut français de recherche sur les administrations et les politiques publiques (iFRAP), cité par Euronews, avance qu’un millionnaire quittant la France emporterait en moyenne 5 millions d’euros d’actifs personnels. Multiplié par les 800 départs nets recensés, ce calcul aboutit à près de 4 milliards d’euros ayant théoriquement quitté le pays au cours de l’année écoulée. L’ordre de grandeur frappe les esprits, mais il repose sur une moyenne statistique, pas sur un recensement des transferts bancaires ou des déclarations fiscales effectivement constatés.
Rien n’indique que l’intégralité de ce patrimoine ait été rapatriée hors des frontières françaises, ni que la perte fiscale correspondante atteigne un montant équivalent. Une partie de ces actifs demeure investie en France, sous forme immobilière ou via des structures juridiques locales, indépendamment du lieu de résidence fiscale de leur détenteur. Le chiffre de 4 milliards d’euros s’interprète donc comme un indicateur d’ampleur, utile pour mesurer une tendance, mais insuffisant pour établir un bilan comptable précis des pertes publiques.
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Fiscalité, stabilité et arbitrages : ce qui pousse les grandes fortunes à partir
Le débat français sur la contribution des grandes fortunes a repris de la vigueur autour de la proposition de l’économiste Gabriel Zucman, qui défend un prélèvement annuel de 2% sur les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Ses partisans y voient un moyen de renforcer les recettes publiques face à la concentration croissante du patrimoine. D’autres économistes et représentants du monde économique redoutent l’effet inverse : une hausse de la pression fiscale inciterait certains entrepreneurs et investisseurs à transférer leur résidence, leurs holdings ou leurs projets vers des juridictions perçues comme plus stables.
La fiscalité ne constitue qu’une variable parmi d’autres. La prévisibilité réglementaire, la qualité de l’environnement des affaires, le cadre de vie et les considérations familiales pèsent tout autant dans la décision de changer de résidence fiscale. Les pouvoirs publics français se retrouvent confrontés à un arbitrage délicat : financer les services collectifs sans fragiliser l’attractivité du territoire pour les capitaux les plus mobiles, ceux précisément qui alimentent l’investissement productif et l’innovation.
L’Italie et ses rivaux profitent de la compétition fiscale européenne
L’Italie s’est imposée en 2025 parmi les destinations privilégiées des grandes fortunes mondiales, derrière les Émirats arabes unis et les États-Unis. Le pays aurait accueilli un gain net de 3 600 résidents fortunés, devançant la Suisse, créditée d’environ 3 000 arrivées nettes selon Le Figaro. Cette progression s’appuie largement sur un régime fiscal forfaitaire réservé à certains nouveaux résidents, qui plafonne l’imposition de leurs revenus de source étrangère sous conditions précises.
L’attrait transalpin ne se résume pas à cet avantage fiscal. Patrimoine culturel, marché immobilier dynamique, connectivité internationale et accès direct au marché unique européen composent une offre globale difficile à égaler. La concurrence dépasse largement le duo franco-italien : Portugal, Grèce, Monaco et Suisse figurent parmi les juridictions régulièrement citées par les cabinets spécialisés dans la mobilité patrimoniale, signe que les grandes fortunes arbitrent désormais entre un éventail élargi de pays d’accueil.
Sécuriser son patrimoine face à l’incertitude fiscale
Ce climat d’incertitude fiscale et de mobilité patrimoniale accrue pousse un nombre croissant d’épargnants français, sans disposer nécessairement de plusieurs millions d’euros, à diversifier leurs avoirs en dehors du seul système bancaire traditionnel. Les métaux précieux occupent une place particulière dans cette stratégie de débancarisation : les lingots d’or, les pièces d’or et les lingots d’argent physique offrent une réserve de valeur tangible, détenue en direct, à l’abri des aléas réglementaires qui pèsent sur les comptes-titres ou l’assurance-vie.
Contrairement aux avoirs financiers logés dans une banque, l’or physique détenu en direct échappe à la faillite d’un établissement ou au blocage d’un compte, ce qui explique l’intérêt croissant des particuliers pour cette solution de sécurisation. Avec une once d’or affichée à 3 702,2 euros selon les cotations BDOR du jour, cette classe d’actifs conserve son rôle de valeur refuge dans les arbitrages patrimoniaux des ménages comme des grandes fortunes.
Sources : BDOR - Le Figaro - Euronews - iFRAP
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