Kevin Warsh auditionné par le Sénat américain pour présider la Fed, entre politique monétaire et portefeuille crypto
Kevin Warsh auditionné par le Sénat pour présider la Fed : taux à 1%, bilan colossal et portefeuille crypto font de sa nomination un dossier explosif.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
Kevin Warsh, 56 ans, comparaît mardi devant la commission bancaire du Sénat pour succéder à Jerome Powell, dont le mandat s'achève le 15 mai.
Sa nomination est fragilisée par l'exigence de certains républicains d'abandonner une enquête du ministère de la Justice visant Powell.
Warsh prône désormais une baisse des taux justifiée par les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle.
Son patrimoine, estimé à plus de 100 millions de dollars et exposé à la crypto, à l'IA et à SpaceX, alimente le débat sur les conflits d'intérêts.
L'inflation américaine dépasse toujours l'objectif de 2%, tandis que Donald Trump réclame un taux directeur ramené à 1%.
Une audition sous haute tension
Kevin Warsh comparaît mardi devant la commission bancaire du Sénat pour sa nomination à la présidence de la Réserve fédérale américaine. Désigné par la Maison Blanche pour succéder à Jerome Powell, dont le mandat s'achève le 15 mai, ce financier de 56 ans — ancien gouverneur de l'institution et chercheur à la Hoover Institution de l'université Stanford — devra répondre à des questions précises sur sa vision de la politique monétaire.
La séance sera présidée par le sénateur républicain Tim Scott, favorable à la nomination. La route vers la confirmation reste semée d'embûches : plusieurs élus républicains ont conditionné leur soutien à l'abandon d'une enquête pénale visant Jerome Powell et la banque centrale elle-même, qu'ils considèrent comme une atteinte à l'indépendance institutionnelle.
Un contexte économique sous pression
L'audition se tient dans une période de fortes turbulences pour l'économie américaine. L'inflation reste au-dessus de l'objectif de 2% fixé par la Fed, et la flambée des prix du pétrole, consécutive à la guerre en Iran, compromet tout scénario de détente rapide. En parallèle, Donald Trump réclame que le taux directeur soit abaissé à 1%, contre une fourchette actuelle de 3,50% à 3,75%, une position aux antipodes du consensus des banquiers centraux.
L'économie américaine fait face aussi aux bouleversements structurels liés à l'essor de l'intelligence artificielle et des cryptomonnaies, deux secteurs dans lesquels Warsh a personnellement investi, ce qui complique sa posture de futur régulateur.
La conversion monétaire de Warsh
Longtemps perçu comme un faucon de la politique monétaire, partisan d'une lutte sans concession contre l'inflation, Kevin Warsh a sensiblement fait évoluer ses positions. Il défend désormais l'idée que les gains de productivité générés par les nouvelles technologies justifient une baisse des taux d'intérêt, un raisonnement proche de celui développé par Alan Greenspan dans les années 1990. Cette inflexion le rapproche des attentes de Donald Trump, qui a déclaré qu'il ne nommerait à la tête de la Fed que quelqu'un susceptible de réduire les coûts d'emprunt.
Sur la question du bilan de la Fed, Warsh maintient sa conviction historique : l'immense portefeuille d'obligations accumulé depuis la crise de 2007-2009 devrait être réduit, une position partagée par plusieurs économistes conservateurs qui y voient une distorsion des marchés financiers.
Des années de critiques acerbes
La nomination de Warsh couronne une décennie de présence médiatique et académique construite depuis la Hoover Institution, foyer de la critique de la politique monétaire américaine. Il s'y est réclamé de Milton Friedman et de John Taylor, deux économistes défenseurs de cadres de décision stricts pour les banques centrales. Ses sorties récentes ont été particulièrement offensives : il a qualifié la présidence de Powell de "défaillante" et appelé à un "changement de régime" à la Fed, sans détailler les réformes concrètes envisagées. Ces zones d'ombre alimenteront probablement les échanges lors de l'audition.
Un patrimoine qui interroge
Les déclarations financières déposées avant l'audition révèlent un patrimoine personnel supérieur à 100 millions de dollars, dont deux positions de plus de 50 millions chacune dans le Juggernaut Fund LP. Warsh détient également des participations dans des entreprises liées à la crypto — Polymarket, Tenderly, Lemon Cash — ainsi qu'à SpaceX, à l'intelligence artificielle et à plusieurs startups technologiques.
Cette exposition soulève une question de fond : un futur président de la Fed aussi ancré dans l'écosystème des actifs risqués peut-il exercer sa mission de régulateur en toute indépendance ? Warsh a promis de céder certains actifs pour respecter les règles d'éthique de l'institution. Mais au-delà de la conformité formelle, c'est la perception qui compte.
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a adressé à Jerome Powell, le 15 avril, une lettre exigeant des documents sur le rôle joué par Warsh durant la crise des subprimes, affirmant qu'il n'aurait pas su identifier ni traiter les risques liés aux prêts hypothécaires à risque avant l'effondrement de 2008.
Selon notre expert : Alors que Washington débat de l'avenir des taux américains, l'or confirme sa place d'actif refuge dans un système financier traversé par des tensions inédites.
Protéger son épargne face aux décisions de la banque centrale
L'incertitude qui entoure la direction future de la Réserve fédérale rappelle à de nombreux épargnants que la valeur de leur patrimoine dépend, en partie, des arbitrages effectués dans les couloirs de Washington. Face à ce risque institutionnel, les lingots d'or, les pièces d'or et les lingots d'argent représentent des alternatives solides à l'épargne bancaire classique. Ces actifs physiques, hors du système financier traditionnel, permettent de préserver son pouvoir d'achat indépendamment des politiques de taux et des erreurs de pilotage monétaire que la prochaine présidence de la Fed pourrait engendrer.
Sources : BDOR / Boursorama
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