Kevin Warsh testé par le marché obligataire, les rendements américains à 30 ans frôlent 5,3 % avant son discours de Jackson Hole vendredi
Rendements américains au plus haut depuis 2007, dette record, silence sur les taux. Kevin Warsh joue la crédibilité de la Fed vendredi à Jackson Hole.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
- Le rendement des bons du Trésor américain à 30 ans avoisine 5,3 %, un niveau jamais atteint depuis 2007.
- Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, prononce vendredi un discours très attendu au symposium de Jackson Hole.
- Il refuse de guider les marchés sur la trajectoire des taux, une rupture avec ses prédécesseurs.
- La dette publique américaine dépasse pour la première fois les 40 000 milliards de dollars.
- Les économistes restent divisés sur sa stratégie de communication, entre défenseurs de sa fermeté et critiques de son silence.
Les opérateurs obligataires observent Kevin Warsh avec une attention grandissante. Les rendements des bons du Trésor américain progressent fortement, le taux à 30 ans avoisinant désormais 5,3 %, un sommet inégalé depuis 2007. Le rendement à 20 ans évolue à un niveau comparable. Certains analystes y voient une mise à l’épreuve directe du nouveau président de la Réserve fédérale, à quelques jours de son intervention au symposium de Jackson Hole, prévue vendredi.
Des rendements au plus haut depuis 2007
Cette tension sur le marché obligataire américain trouve son origine dans des données d’inflation et d’emploi décevantes, qui ont réduit les anticipations de hausse des taux directeurs. La pression vendeuse s’intensifie sur une dette publique de 30 000 milliards de dollars, malgré l’engagement du secrétaire au Trésor Scott Bessent de doubler au minimum les achats d’obligations du Trésor par Washington. La dette nationale a par ailleurs franchi pour la première fois le seuil des 40 000 milliards de dollars, un cap qui nourrit la nervosité des investisseurs, déjà inquiets des retombées inflationnistes du conflit avec l’Iran.
Bassam Nawfal, stratège en chef de l’allocation d’actifs chez Alpine Macro, résume la situation dans un rapport publié cette semaine. Selon lui, la hausse de la prime à terme et l’accentuation de la pente de la courbe des taux après les deux premières réunions du FOMC dirigées par Warsh pourraient indiquer que la crédibilité de la Fed se trouve questionnée, même s’il juge prématuré d’en tirer des conclusions définitives.
Une communication qui déroute Wall Street
Nommé par Donald Trump, qui réclame publiquement une baisse des taux, Kevin Warsh a pourtant affiché une fermeté remarquée dès sa première conférence de presse en juin. Il y a rappelé sa conviction ancienne selon laquelle l’inflation relève d’un choix politique, avant d’annoncer que le Comité s’engageait sans ambiguïté et à l’unanimité à ramener la hausse des prix vers l’objectif de 2 %.
Sa méthode tranche avec celle de ses prédécesseurs. L’ancien cadre de Morgan Stanley refuse de distiller des indices sur les décisions à venir, une pratique pourtant ancrée dans les habitudes des marchés. James Smith, économiste chez ING Bank, y voit un risque réel. En commentant moins l’évolution des taux, Warsh pourrait injecter davantage de volatilité dans un marché obligataire déjà fébrile, avertit-il.
Randall Kroszner, professeur d’économie à la Booth School of Business de l’Université de Chicago, défend au contraire cette approche. Confirmé au Conseil des gouverneurs de la Fed lors de la même audition que Warsh en 2006, il a siégé à ses côtés jusqu’en 2009 et connaît intimement sa manière de travailler. Il rappelle que chaque nouveau président traverse une période d’adaptation, Jay Powell ayant lui aussi suscité des inquiétudes à ses débuts. Warsh souhaite changer la stratégie de communication, et les marchés comme la presse détestent perdre leurs repères, analyse-t-il.
Attentif aux marchés, sans en devenir l’esclave
Le professeur Kroszner écarte toute idée d’indifférence du président de la Fed face aux turbulences actuelles. Ignorer les marchés serait inapproprié, précise-t-il, mais il ne faut surtout pas en devenir l’esclave. Warsh restera conscient de leur évolution et attentif à leurs mouvements, sans pour autant se laisser dicter sa conduite.
Jackson Hole, l’épreuve du feu
La réunion annuelle des banquiers centraux dans le parc national de Grand Teton constitue un rendez-vous majeur du calendrier financier. Les investisseurs y chercheront des repères rassurants, selon Dan Coatsworth, responsable des marchés chez AJ Bell. Warsh a pourtant indiqué qu’il pourrait consacrer son discours à des thèmes de long terme, comme la productivité et la démographie américaines, plutôt qu’aux échéances monétaires de septembre et décembre.
Stephen Brown, économiste chez Capital Economics, souligne le danger d’un tel silence. Un discours centré sur le thème officiel du symposium, l’innovation financière et ses implications pour les paiements, risquerait de paraître déconnecté et de laisser penser que le président ne prend pas les risques d’inflation au sérieux, avec à la clé un regain de volatilité.
Les économistes demeurent partagés. Claudia Sahm, ancienne de la Fed, estime que Warsh s’attarde trop sur les symptômes sans proposer de solutions. Jeremy Siegel, professeur émérite à la Wharton School, considère que les banquiers centraux ont l’obligation d’expliquer le cadre économique de leurs décisions, un exercice manqué le mois dernier selon lui. Les marchés anticipent un statu quo en septembre, puis une à deux hausses de 0,25 point d’ici la mi-2027.
Selon notre expert : Avec une dette américaine dépassant 40 000 milliards de dollars, les valeurs refuges redeviennent le rempart privilégié des épargnants du monde entier.
Protéger son épargne face à l’instabilité monétaire
Cette incertitude autour de la politique de la Fed, conjuguée à une dette américaine record et à des rendements obligataires sous tension, rappelle la fragilité des placements traditionnels adossés aux devises et aux emprunts d’État. Les investissements alternatifs comme les métaux précieux offrent une réponse concrète à cette instabilité. Détenir des lingots d’or et d’argent ou des pièces d’or permet de sortir une partie de son patrimoine du circuit bancaire, dans une logique de débancarisation et de sécurisation de son épargne, à l’abri des décisions monétaires et des soubresauts du marché de la dette.
Sources : BDOR / Times / TheGuardian / Reuters
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