La BCE lance Pontes le 21 septembre 2026 pour régler les actifs tokenisés en monnaie de banque centrale
La BCE lance Pontes le 21 septembre 2026 pour régler les actifs tokenisés en monnaie de banque centrale et prépare Appia, son écosystème intégré pour 2028.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
- Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a présenté le 26 août à Francfort la feuille de route de l’Eurosystème pour la finance tokenisée.
- Le projet Pontes, attendu le 21 septembre, connectera les plateformes DLT aux TARGET Services et permettra un règlement en monnaie de banque centrale.
- Le projet Appia vise un écosystème européen intégré d’actifs tokenisés à l’horizon 2028, avec un service 24h/24 et des capacités multidevises.
- L’Europe compte 31 dépositaires centraux, 14 chambres de compensation et 323 plateformes de négociation, une fragmentation que la tokenisation doit résoudre.
- Les actifs traditionnels tokenisés sur blockchains publiques sont passés de 4,7 à 23,3 milliards d’euros entre mars 2025 et mars 2026.
La Banque centrale européenne passe de l’expérimentation à l’exécution. Piero Cipollone, membre du directoire de l’institution, a détaillé mercredi 26 août 2026 à Francfort, lors du symposium de la Bundesbank sur les paiements, un calendrier précis pour déployer la tokenisation des marchés financiers européens. L’ambition affichée dépasse la simple adoption technologique, puisqu’il s’agit de reconstruire une architecture de marché encore morcelée.
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Un marché européen éclaté en 31 dépositaires
Le point de départ du raisonnement de la BCE tient en quelques chiffres. L’Union européenne compte 31 dépositaires centraux de titres, 14 contreparties centrales et 323 plateformes de négociation. En 2023, plus de 95 % des transactions sur titres, en volume comme en valeur, ont été réglées entre parties appartenant au même dépositaire local. Les opérations transfrontalières demeurent marginales.
Cette dispersion coûte cher aux investisseurs comme aux émetteurs. La chaîne de règlement européenne, multi-registres et multi-intermédiaires, figure parmi les plus longues des grandes zones financières mondiales. La tokenisation promet de condenser cette chaîne dans un environnement partagé, à condition de ne pas reproduire sur les réseaux numériques les frontières qui fragmentent déjà la finance traditionnelle.
Pontes, un règlement en monnaie de banque centrale dès le 21 septembre
Premier pilier de la stratégie, Pontes connectera les plateformes utilisant la technologie des registres distribués (DLT) aux TARGET Services de l’Eurosystème. Le lancement est programmé pour le 21 septembre 2026, selon Crowdfund Insider, avec Clearstream, SWIAT, Cashlink et Axiology parmi les premiers opérateurs annoncés.
Le principe repose sur la livraison contre paiement. Le titre tokenisé et la liquidité se déplacent ensemble ou pas du tout, ce qui élimine le risque qu’une seule jambe de la transaction soit exécutée. Surtout, la partie cash sera réglée directement en monnaie de banque centrale, l’actif sans risque du système financier, et non en monnaie de banque commerciale ou en stablecoins, des instruments privés porteurs de risques de crédit et de liquidité.
La BCE joue la carte de l’adoption rapide. Un guide tarifaire daté du 19 août 2026 précise que seuls des frais d’intégration seront facturés au lancement, sans commission récurrente sur les transactions. Une stratégie de subvention assumée pour attirer du volume avant que des solutions privées ne s’installent durablement.
Des horaires étendus puis un service continu
Pontes fonctionnera d’abord selon des horaires classiques, avant de passer à 22,5 heures par jour ouvré. À l’horizon mi-2028, l’objectif consiste à offrir une infrastructure disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, dotée d’une programmabilité renforcée et de capacités multidevises.
Appia, le plan directeur pour 2028
Second pilier, Appia porte sur le temps long. Sa feuille de route, publiée en mars 2026, doit aboutir en 2028 à un schéma directeur pour un écosystème européen intégré d’actifs tokenisés. Interopérabilité, gestion du collatéral, cadre juridique et résilience des infrastructures figurent au programme. La question d’un registre unique partagé ou de plusieurs registres interconnectés reste ouverte, la réponse devant être jugée à l’aune de l’intégration, de la concurrence et de la capacité de l’Eurosystème à faire respecter ses règles.
Le marché, lui, n’attend pas. Les actifs traditionnels tokenisés sur blockchains publiques ont quintuplé en un an, passant de 4,7 milliards d’euros fin mars 2025 à 23,3 milliards fin mars 2026. Aux États-Unis, la plateforme Distributed Ledger Repo de Broadridge a traité en moyenne 354 milliards de dollars de transactions quotidiennes en mars 2026, environ 7 % de l’activité repo américaine. Depuis mars 2026, l’Eurosystème accepte déjà comme garanties des actifs négociables émis via des services DLT auprès des dépositaires européens, une étape qui fait sortir les obligations tokenisées du statut de projet pilote.
Le droit, dernier verrou à faire sauter
Piero Cipollone identifie trois conditions au succès. L’interopérabilité d’abord, avec des actifs transférables, portables, contrôlables et programmables d’une plateforme à l’autre. L’adoption coordonnée entre acteurs publics et privés ensuite, faute de quoi l’Europe accumulera des programmes pilotes réussis mais isolés. L’harmonisation juridique enfin, sur le statut des actifs tokenisés, les droits de propriété, la finalité du règlement et l’exécution des smart contracts entre juridictions. « Une technologie avancée ne peut compenser un droit fragmenté », a résumé le banquier central, qui appelle Bruxelles à fournir des fondements juridiques homogènes dans toute l’Union.
Derrière ce chantier se joue aussi une question de souveraineté financière. La BCE veut éviter toute dépendance à des infrastructures ou standards développés hors d’Europe et renforcer le rôle international de l’euro, un objectif qui rejoint celui de l’euro numérique, dont le pilote débutera en 2027 avec 36 prestataires de paiement.
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Protéger son épargne face aux mutations monétaires
Cette numérisation accélérée de la monnaie et des actifs financiers interroge de nombreux épargnants attachés à la maîtrise directe de leur patrimoine. Face à des systèmes de règlement toujours plus centralisés et interconnectés, les investissements alternatifs conservent un rôle de contrepoids tangible. Les lingots d’or et d’argent, tout comme les pièces d’or, offrent une réserve de valeur détenue en propre, hors des circuits bancaires et numériques. Dans une logique de débancarisation partielle et de sécurisation de l’épargne, ces actifs physiques échappent aux risques de contrepartie et aux aléas technologiques que la BCE elle-même identifie dans ses propres projets.
Sources : BDOR
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