Le pétrole peut-il vraiment retomber à 70 dollars après la fin de la guerre ?
La fin du conflit pourrait faire chuter le pétrole vers 70 dollars, réduire l’inflation et rebattre les cartes pour les marchés mondiaux.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

Sommaire
- Un retour vers 70 dollars reste crédible
- La prime de guerre pourrait disparaître rapidement
- Une baisse du pétrole qui entraînerait les autres matières premières
- L'inflation pourrait ralentir plus vite que prévu
- Quel impact pour les taux d'intérêt ?
- Les marchés financiers regardent déjà au-delà du conflit
- Un scénario favorable mais loin d'être garanti
En bref
Une fin du conflit au Moyen-Orient pourrait provoquer un fort recul du prix du pétrole.
Plusieurs économistes estiment que le baril pourrait revenir dans une zone comprise entre 70 et 80 dollars.
La disparition de la prime géopolitique ferait également baisser les prix de nombreuses matières premières.
L’inflation mondiale pourrait ralentir plus vite que prévu.
Les banques centrales seraient alors davantage incitées à réduire leurs taux directeurs.
Les marchés financiers anticipent déjà en partie ce scénario.
Un retour vers 70 dollars reste crédible
Depuis le début des tensions au Moyen-Orient, le marché pétrolier a intégré une importante prime de risque. La menace d'une perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour une partie du commerce mondial des hydrocarbures, a entretenu la nervosité des investisseurs.
Pour plusieurs experts interrogés sur BFM Business, un accord mettant fin aux hostilités pourrait provoquer un mouvement inverse particulièrement rapide. Une fois la peur géopolitique dissipée, les fondamentaux du marché reprendraient le dessus.
Or, avant l'escalade militaire, le constat était relativement simple : l'offre mondiale de pétrole restait abondante et les capacités de production disponibles demeuraient importantes dans plusieurs régions du monde.
Dans ce contexte, un retour du baril vers une fourchette comprise entre 70 et 80 dollars apparaît comme un scénario crédible.
La prime de guerre pourrait disparaître rapidement
La hausse récente des cours ne repose pas uniquement sur les besoins réels de consommation. Une partie du mouvement est liée aux craintes d'un choc d'approvisionnement.
Lorsque cette incertitude disparaît, les marchés corrigent souvent avec une grande brutalité.
Les économistes soulignent également que les marchés du gaz affichent aujourd'hui une situation beaucoup plus confortable qu'au début de plusieurs crises énergétiques précédentes. Les stocks européens ont été reconstitués à des niveaux élevés, limitant le risque de pénurie.
Cette normalisation énergétique explique d'ailleurs pourquoi les prix de l'électricité n'ont pas connu la même envolée que lors de la crise énergétique de 2022.
Une baisse du pétrole qui entraînerait les autres matières premières
L'effet d'une détente géopolitique ne se limiterait pas au pétrole.
De nombreuses matières premières ont été affectées par les tensions régionales : engrais, aluminium, produits chimiques ou encore certains intrants industriels utilisés dans les chaînes de production mondiales.
Un reflux des prix énergétiques favoriserait une baisse généralisée des coûts de production.
Pour les entreprises industrielles, le transport, l'emballage, la logistique et l'approvisionnement redeviendraient progressivement moins coûteux. Plusieurs secteurs pourraient ainsi retrouver des marges de manœuvre après plusieurs années marquées par des hausses de coûts successives.
L'inflation pourrait ralentir plus vite que prévu
La conséquence la plus importante concernerait probablement l'inflation.
Selon plusieurs intervenants, le choc actuel ressemble davantage à une flambée temporaire des prix qu'à une dynamique inflationniste durable. Si le pétrole revenait vers 70 dollars et que les autres matières premières suivaient le mouvement, les pressions inflationnistes pourraient s'atténuer rapidement.
Cette hypothèse tranche avec les inquiétudes de certaines banques centrales qui redoutent encore une diffusion des hausses de prix dans l'ensemble de l'économie.
Pour plusieurs économistes, le risque d'une spirale inflation-salaires comparable à celle observée après la pandémie paraît aujourd'hui limité, notamment en Europe où le marché de l'emploi montre des signes d'essoufflement.
Quel impact pour les taux d'intérêt ?
Une décrue de l'inflation renforcerait les arguments en faveur d'un assouplissement monétaire.
Les banques centrales se retrouveraient face à un environnement moins tendu sur les prix de l'énergie, alors même que plusieurs économies ralentissent.
La question des taux reste toutefois plus complexe qu'il n'y paraît. Les besoins massifs de financement liés à la défense, à l'électrification des économies et aux investissements dans l'intelligence artificielle continuent d'exercer une pression sur les taux longs.
Autrement dit, même si les banques centrales abaissent progressivement leurs taux directeurs, les rendements obligataires à long terme pourraient rester durablement élevés.
Les marchés financiers regardent déjà au-delà du conflit
Sur les marchés actions, de nombreux investisseurs semblent déjà anticiper un monde d'après.
Malgré les tensions géopolitiques, plusieurs grands indices internationaux évoluent à proximité de leurs records historiques. Cette résistance traduit la conviction que la croissance mondiale reposera davantage sur l'intelligence artificielle, l'électrification et les dépenses de souveraineté énergétique que sur les conséquences immédiates du conflit.
Dans cette lecture optimiste, un pétrole à 70 dollars agirait comme un accélérateur supplémentaire. Les ménages bénéficieraient d'un pouvoir d'achat renforcé tandis que les entreprises profiteraient d'un environnement de coûts plus favorable.
Selon notre expert : Une rupture majeure se prépare sur les marchés mondiaux, et l’or pourrait une nouvelle fois prendre de court ceux qui attendent un retour au calme financier.
Un scénario favorable mais loin d'être garanti
Le retour du pétrole à 70 dollars n'a rien d'impossible. Plusieurs facteurs plaident en sa faveur : abondance relative de l'offre, stocks énergétiques élevés et disparition potentielle de la prime de risque liée au conflit.
La prudence reste pourtant de mise. Les marchés pétroliers demeurent sensibles aux événements géopolitiques et aux décisions des grands producteurs. Un accord de paix pourrait faire reculer rapidement les cours, mais la trajectoire dépendra aussi de la croissance mondiale et des choix stratégiques des pays exportateurs.
Pour les investisseurs comme pour les consommateurs, le baril reste l'un des meilleurs thermomètres du climat économique mondial.
Sources : BDOR
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