Le WTI se maintient à 81 dollars pendant que le trafic maritime s'effondre dans le détroit d'Ormuz, selon les données Kpler
Le WTI tient 81 dollars alors que le trafic dans le détroit d'Ormuz chute à zéro dimanche selon Kpler. Analyse des cours du pétrole, du Brent et du gaz.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
- Cinq navires seulement ont franchi le détroit d'Ormuz samedi, aucun dimanche, contre 31 le week-end précédent d'après les données Kpler relayées par Reuters
- L'AIE anticipe un recul de la demande mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour en 2026, quand l'OPEP maintient une progression de 580 000 barils
- Le cas de force majeure au Qatar prive l'indien Petronet d'au moins 56 cargaisons de GNL et redirige les acheteurs asiatiques vers les États-Unis, Oman, le Nigeria et l'Angola
- Le WTI s'appuie sur ses moyennes mobiles entre 80,94 et 81,29 dollars, le Brent conserve un biais constructif au-dessus de 86,67 dollars
- Le gaz naturel casse le support des 2,68 dollars et entre en zone de survente
Un détroit d'Ormuz presque à l'arrêt
Le marché pétrolier aborde la semaine du 17 août tiraillé entre deux forces contraires. D'un côté, les risques d'approvisionnement au Moyen-Orient atteignent un niveau rarement observé. De l'autre, les perspectives de demande mondiale se dégradent et plafonnent les cours. Selon Reuters, qui cite les données du cabinet Kpler, seuls cinq navires ont traversé le détroit d'Ormuz samedi, et aucun le lendemain. Le week-end précédent, 31 bâtiments avaient encore emprunté ce passage stratégique.
Téhéran refuse toujours d'ouvrir des pourparlers avec Washington, tandis que les Émirats arabes unis ont signalé une nouvelle attaque contre un pétrolier lié à ADNOC. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a exhorté Donald Trump à « accepter la réalité de la défaite », après que le président américain a évoqué son intention de déclarer prochainement le détroit « territoire des États-Unis ». Son collègue Abbas Araghchi a confirmé qu'aucune négociation n'était en cours et que la reprise du trafic maritime dépendrait de l'acceptation des conditions iraniennes.
Le tableau régional s'assombrit encore avec le Liban, qui a connu dimanche sa journée la plus meurtrière depuis des mois à la suite de frappes israéliennes contre le Hezbollah, d'après Bloomberg. Plus au nord, la Russie ferait face à des pénuries de carburant pendant que l'Ukraine multiplie ses frappes contre les raffineries russes.
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Demande mondiale en berne, agences divisées
Face à cette accumulation de tensions, la faiblesse de la consommation joue le rôle de contrepoids. L'AIE table désormais sur une contraction de la demande mondiale de 1,6 million de barils par jour en 2026, puis de 2,8 millions en 2027 par rapport à 2025. L'agence attribue ce repli aux prix élevés et aux perturbations logistiques nées du blocage d'Ormuz.
L'OPEP défend une lecture plus optimiste. Le cartel a certes abaissé sa projection pour la quatrième fois consécutive, mais il continue d'anticiper une croissance de 580 000 barils par jour. Commerzbank relève que les deux institutions ont chacune retranché 200 000 barils par jour à leurs estimations, creusant un écart considérable entre leurs scénarios. La banque allemande souligne aussi que l'offre hors OPEP+ devrait progresser de 690 000 barils par jour selon l'AIE, une source supplémentaire de déséquilibre potentiel. Les opérateurs surveilleront mardi les stocks hebdomadaires de l'American Petroleum Institute pour jauger la vigueur réelle de la consommation américaine.
La force majeure qatarie redistribue les flux de GNL
Le marché gazier mondial subit lui aussi les conséquences du blocage. L'indien Petronet a perdu au moins 56 cargaisons de GNL à cause du cas de force majeure déclaré au Qatar, et les livraisons de septembre restent incertaines. Le détroit d'Ormuz concentrait environ un cinquième du commerce mondial de gaz liquéfié, ce qui contraint les acheteurs asiatiques à se reporter sur les États-Unis, Oman, le Nigeria et l'Angola.
Aux États-Unis, la situation apparaît plus détendue. Le dernier rapport sur les stocks a fait état d'une injection de 36 milliards de pieds cubes, avec un excédent de 198 milliards par rapport à la moyenne quinquennale, malgré une demande électrique estivale soutenue.
Gaz naturel sous pression technique
Le gaz naturel s'échange autour de 2,65 dollars après avoir enfoncé le support des 2,68 dollars en unité de temps 4 heures. Le cours évolue sous ses EMA 50 et 100, situées à 2,74 et 2,78 dollars, et reste coiffé par une ligne de tendance descendante. Le RSI, tombé à 31, signale une zone de survente et une dynamique vendeuse qui s'accentue depuis l'échec sous les 2,80 dollars. Les supports suivants se placent à 2,62, 2,55 puis 2,50 dollars. Seul un retour au-dessus des 2,75 dollars inverserait le biais baissier.
WTI et Brent, deux profils techniques distincts
Le pétrole brut WTI se consolide vers 81,76 dollars, au contact de ses EMA 50 et 100, à 81,29 et 80,95 dollars. Après son rebond depuis le creux de 74,38 dollars atteint début août, le baril américain bute sur la résistance des 84,33 dollars. Le RSI, à 50, traduit une dynamique neutre. Le maintien au-dessus des 80,94 dollars préserve la structure haussière, alors qu'une cassure de ce seuil ouvrirait la voie vers 77,81 puis 74,38 dollars. Sur le graphique journalier, la moyenne mobile simple à 100 jours, vers 86,40 dollars, constitue le verrou majeur avant les 90,10 dollars.
Le Brent affiche un profil plus solide autour de 88,38 dollars, au-dessus de ses EMA 50 et 100, à 86,88 et 86,15 dollars. La référence européenne se consolide sous la résistance des 91,13 dollars après son rebond depuis 78,26 dollars. Un franchissement durable de ce plafond libérerait un potentiel vers 95,23 puis 99,07 dollars, tandis qu'une perte du groupe de moyennes mobiles fragiliserait l'ensemble de la structure.
Selon notre expert : Entre diplomatie gelée au Moyen-Orient et demande pétrolière en repli, le métal jaune reste l'arbitre silencieux des portefeuilles mondiaux.
Sécuriser son épargne face à l'instabilité énergétique
Ces secousses sur le cours du pétrole et du gaz rappellent la vulnérabilité des économies aux chocs géopolitiques. Quand une simple voie maritime peut paralyser un cinquième du commerce mondial de GNL, la diversification patrimoniale prend tout son sens. Les investissements alternatifs comme les lingots d'or et d'argent ou les pièces d'or offrent une réserve de valeur tangible, détachée du système bancaire et des tensions énergétiques. Dans une logique de débancarisation et de sécurisation de l'épargne, ces actifs physiques constituent un rempart éprouvé contre l'inflation importée par la flambée des matières premières.
Sources : BDOR
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