« Nous avons été attaqués », Mark Carney rompt avec Washington et 76 % des Canadiens valident la riposte selon Angus Reid
Sondage Angus Reid, 76 % des Canadiens approuvent la rupture avec Washington. Ottawa riposte dollar pour dollar dès le 8 septembre face aux tarifs de 50 %.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Un soutien populaire massif d’un océan à l’autre
- Le Québec en tête avec 85 % d’approbation
- Des emplois menacés et un coût de la vie sous pression
- Une riposte tarifaire dollar pour dollar dès le 8 septembre
- Le marché intérieur canadien comme parade de long terme
- Protéger son épargne quand les monnaies vacillent
En bref
- Washington applique depuis samedi des droits de douane de 50 % sur environ 28 milliards de dollars canadiens d’exportations.
- Selon un sondage Angus Reid mené auprès de 1468 répondants, 76 % des Canadiens approuvent la rupture des négociations décidée par Mark Carney, avec un record de 85 % au Québec.
- Ottawa prépare une réplique tarifaire équivalente, au dollar près, applicable dès le 8 septembre sur l’acier, les produits laitiers, l’électronique et les équipements agricoles.
- Près de 25 milliards de dollars canadiens de soutien ont déjà été déployés pour les entreprises et les travailleurs depuis dix-huit mois.
- 38 % des Canadiens craignent pour leur emploi et 89 % s’inquiètent des effets sur le coût de la vie. Le dollar canadien a cédé jusqu’à 0,6 % face au billet vert lundi.
La rupture est consommée entre Ottawa et Washington. Depuis samedi, les États-Unis frappent une série de produits canadiens de droits de douane de 50 %, une mesure qui touche environ 28 milliards de dollars canadiens d’exportations selon le gouvernement fédéral. Mark Carney, qui a refusé vendredi soir de signer un accord jugé contraire aux intérêts du pays, assume désormais le vocabulaire du conflit ouvert et parle d’un pays attaqué, donc en guerre. Les marchés ont réagi sans attendre, le dollar canadien abandonnant jusqu’à 0,6 % face au billet vert lors des premiers échanges de lundi.
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Un soutien populaire massif d’un océan à l’autre
Le pari politique du Premier ministre trouve un écho spectaculaire dans l’opinion. D’après un sondage de l’institut Angus Reid publié dimanche, 76 % des 1468 répondants estiment que le gouvernement a bien agi en rejetant les conditions américaines et en quittant la table sans entente. Aucune province ne descend sous les 65 % d’approbation, la Saskatchewan fermant la marche. Fait rare dans le paysage politique canadien, même 53 % des électeurs conservateurs valident la stratégie. Shachi Kurl, présidente de l’institut, rappelle que la population réclamait depuis des mois une ligne dure de la part des négociateurs, et qu’une telle convergence d’opinions ne s’observe qu’exceptionnellement, comme lors des menaces d’annexion du Canada en 51e État américain.
Le Québec en tête avec 85 % d’approbation
La Belle Province affiche le taux de soutien le plus élevé du pays. Cette adhésion s’explique en partie par le fait que la langue française a été explicitement désignée comme obstacle commercial par Washington, une attaque perçue comme profondément politique. Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa, y voit la continuité d’une histoire longue, celle d’une société francophone habituée à défendre son existence dans un continent anglophone. Cette guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis devrait d’ailleurs peser sur la campagne électorale québécoise, les électeurs attendant des chefs provinciaux un plan face à cette normalité nouvelle faite de menaces tarifaires répétées.
Des emplois menacés et un coût de la vie sous pression
Derrière l’unité nationale, l’inquiétude domine. Près de deux répondants sur cinq, 38 % précisément, redoutent de manière élevée ou modérée pour leur propre emploi. Les secteurs touchés se sont multipliés, de l’agroalimentaire aux biens de consommation en passant par les matériaux de construction. Des économistes cités par Angus Reid chiffrent le risque à 0,4 % de PIB et jusqu’à 90 000 emplois perdus. La préoccupation la plus répandue reste le coût de la vie, qui inquiète 89 % des Canadiens, devant l’économie nationale à 87 %, l’économie provinciale à 78 % et l’épargne personnelle à 63 %.
Une riposte tarifaire dollar pour dollar dès le 8 septembre
La contre-attaque d’Ottawa prendra effet le 8 septembre. Le gouvernement taxera à son tour des importations américaines dans l’acier, les produits laitiers, l’électronique, l’électroménager et les équipements agricoles. Ce calendrier laisse deux semaines à une éventuelle reprise du dialogue, même si Washington n’envisage aucun retour à la table des négociations pour l’instant. Le sondage confirme l’adhésion à cette riposte tarifaire, 69 % des Canadiens jugeant que Mark Carney a démontré de la force et 62 % estimant appropriée la réplique au dollar près. Une majorité de 64 % anticipe même un Canada plus fort au sortir de la crise, moins dépendant de son voisin.
Près de 25 milliards pour amortir le choc
L’arsenal financier fédéral s’étoffe. Aux 25 milliards de dollars canadiens déjà déployés depuis dix-huit mois s’ajouteront de nouvelles mesures pour les travailleurs et les entreprises. Le Fonds de réponse stratégique mobilise 5 milliards pour les sociétés affectées, l’Initiative régionale de réponse tarifaire consacre 1 milliard sur trois ans aux PME, tandis que 500 millions visent les surcoûts des chaînes d’approvisionnement et 150 millions l’agroalimentaire.
Le marché intérieur canadien comme parade de long terme
Le pays expédie encore 75 % de ses exportations vers les États-Unis, une dépendance devenue sa principale vulnérabilité. Neuf provinces ont levé en juillet d’importantes barrières sur la vente d’alcool entre elles, et la Colombie-Britannique veut supprimer les entraves interprovinciales qui renchérissent biens et services de 7,8 % à 14,5 % selon les dernières estimations. Les stratégies divergent malgré tout, entre la fermeté de Doug Ford en Ontario, la prudence de Danielle Smith en Alberta et la diversification à long terme du Québec, qui évoque près de 500 milliards de dollars de grands projets d’infrastructures.
Selon notre expert : Chaque nouvelle salve tarifaire entre grandes puissances pousse un peu plus les investisseurs vers les actifs tangibles et refuges.
Protéger son épargne quand les monnaies vacillent
Cette escalade protectionniste rappelle la fragilité des devises face aux chocs commerciaux, le repli du dollar canadien en apportant une illustration immédiate. Les épargnants qui souhaitent se prémunir contre la volatilité des monnaies et les tensions géopolitiques se tournent vers les investissements alternatifs, au premier rang desquels les métaux précieux. Lingots d’or et d’argent ou pièces d’or constituent des actifs tangibles, détenus hors du circuit bancaire, dans une logique de débancarisation et de sécurisation du patrimoine. Quand les États s’affrontent à coups de tarifs et que les devises encaissent les secousses, l’or conserve un pouvoir d’achat que les décisions politiques ne peuvent confisquer.
Sources : BDOR
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