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86 tonnes d'or quittent les États-Unis et le Canada : pourquoi les Pays-Bas les envoient au Royaume-Uni

La banque centrale néerlandaise transfère 86 tonnes d'or des Etats-Unis et du Canada vers Londres, invoquant l'instabilité géopolitique croissante.

Temps de lecture : 4 minutes

86 tonnes d'or quittent les États-Unis et le Canada : pourquoi les Pays-Bas les envoient au Royaume-Uni

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En bref

  • La banque centrale néerlandaise (DNB) a transféré 86 tonnes d'or des Etats-Unis et du Canada vers Londres le 2 septembre 2026

  • Les réserves totales néerlandaises atteignent 612,4 tonnes, évaluées à 72,2 milliards d'euros fin 2025

  • La part d'or stockée à Londres passe de 18,1% à 32,1%, celle des Etats-Unis et du Canada recule à 18,5% chacune

  • Le transfert combine achats, ventes et transport physique de plus de 27 tonnes de lingots via Zeist

  • L'Allemagne s'interroge sur ses réserves à New York sans les déplacer, la France a vendu 129 tonnes d'or new-yorkais en mars 2026

Un transfert dicté par l'instabilité géopolitique

La banque centrale des Pays-Bas, la DNB, a confirmé le 2 septembre 2026 avoir déplacé 86 tonnes de ses réserves d'or, auparavant conservées aux Etats-Unis et au Canada, vers les coffres londoniens. Selon le communiqué officiel de l'institution, cette opération vise à renforcer sa préparation aux crises et à garantir une meilleure négociabilité de l'or national. Le président de la DNB, Olaf Sleijpen, a justifié la démarche par la nécessité d'assurer une mobilisation rapide des réserves si la situation internationale venait à se détériorer, tout en précisant qu'un tel recours demeure, pour l'instant, hypothétique.

Les montants en jeu donnent une idée de l'ampleur du dossier. Les réserves totales d'or néerlandaises s'élèvent à 612,4 tonnes, évaluées à 72,2 milliards d'euros à la fin de l'année 2025 selon les chiffres publiés par la DNB. Un stock qui place Amsterdam parmi les détenteurs institutionnels notables du continent, et qui explique la publication d'un communiqué aussi détaillé pour un simple déplacement logistique. Le message envoyé aux marchés compte parfois autant que le geste lui-même.

A lire aussi : L'or bat des records historiques pendant que les banques centrales se ruent sur Londres pour sécuriser leurs coffres

Londres gagne du terrain dans la cartographie des coffres

Avant l'opération, la répartition géographique des réserves néerlandaises affichait 31,3% à New York et 19,7% à Ottawa, contre 18,1% à Londres. Après le transfert, les proportions s'inversent nettement : 18,5% pour les Etats-Unis, 18,5% pour le Canada, et désormais 32,1% logés à Londres, selon les données communiquées par la DNB le 2 septembre 2026. Les Pays-Bas conservent par ailleurs 30,8% de leur or sur leur propre territoire, une part restée stable.

Le mode opératoire retenu mérite qu'on s'y attarde. La banque a combiné des opérations d'achat et de vente avec un transport physique portant sur plus de 27 tonnes de lingots, acheminés des Etats-Unis et du Canada vers Zeist, aux Pays-Bas, avant de repartir vers Londres. Cette méthode évite la fonte des lingots, une opération coûteuse lorsqu'il s'agit de faire correspondre les standards de poids entre zones géographiques. « En combinant achats, ventes et transport physique, les risques liés au déplacement physique d'une grande quantité d'or ont été répartis », a précisé la DNB dans son communiqué.

Selon notre expert : Pendant que les épargnants dorment, les Etats déplacent des tonnes d'or par peur d'une crise financière mondiale imminente

Un mouvement isolé, mais symptomatique d'une tendance mondiale

Laurent Schwartz, président du Comptoir national de l'or, situe cette décision dans un mouvement de fond observé depuis une dizaine d'années : le repositionnement progressif des réserves aurifères des banques centrales. Il évoque, auprès de l'Agence France-Presse le 2 septembre 2026, un contexte politique américain susceptible d'inciter certains instituts monétaires à privilégier d'autres places de stockage. Londres conserve un avantage logistique réel : son marché physique, plus profond et plus liquide que celui de New York, facilite la revente rapide de lingots en période de tension, et permet aux banques centrales de prêter plus aisément leur or à des établissements bancaires.

John Plassard, analyste chez Cité Gestion, qualifie ce geste néerlandais de mouvement « assez isolé » pour l'instant, sans écarter un risque de contagion si d'autres banques centrales suivent cette voie, ce qui traduirait une défiance grandissante envers la capacité américaine à garantir la disponibilité des actifs stockés sur son sol. En Allemagne, des inquiétudes similaires ont émergé en début d'année concernant les réserves de la Bundesbank à New York, sans déboucher sur un transfert effectif. La Banque de France, elle, a vendu en mars 2026 129 tonnes d'or new-yorkais, une opération motivée par une remise aux normes de pureté à 99,99%. Ces épisodes successifs racontent, chacun à leur manière, une réévaluation discrète de la confiance accordée aux coffres américains.

Sécuriser son épargne grâce aux métaux précieux physiques

Ces mouvements de réserves institutionnelles rappellent, à l'échelle individuelle, l'intérêt d'une diversification patrimoniale hors circuit bancaire classique. Les lingots d'or, les pièces d'or et l'argent physique constituent des supports concrets pour qui souhaite engager une démarche de débancarisation partielle de son épargne. Détenir un actif tangible, hors bilan bancaire, permet de limiter l'exposition aux aléas systémiques que les banques centrales elles-mêmes semblent anticiper en réorganisant leurs propres stocks.

Le raisonnement vaut particulièrement pour les épargnants cherchant une couverture face à l'inflation ou aux tensions monétaires, sans renoncer à la liquidité de leur placement. Un lingot ou une pièce d'or reconnue se négocie sur des marchés physiques établis, à l'image de celui de Londres évoqué plus haut, offrant une porte de sortie tangible en cas de besoin. Cette approche ne remplace pas une épargne bancaire classique, mais la complète utilement dans une logique de répartition des risques, à l'image de ce que pratiquent désormais plusieurs banques centrales européennes avec leurs propres réserves.

Sources : BDOR - De Nederlandsche Bank (DNB) - Agence France-Presse (AFP)

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