« Je n’avais plus le choix » : ces retraités partent vivre à l’étranger pour préserver leur pouvoir d’achat
Coût de la vie, fiscalité, soins : de plus en plus de retraités envisagent l'expatriation, non par choix mais par nécessité économique.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 2 minutes

Sommaire
- Une bascule silencieuse mais massive
- Chypre et l'Irlande détrônent les destinations traditionnelles
- L'Italie, exemple d'un équilibre fragile entre attrait et contraintes
- Quand le seuil du suffisant ne cesse de grimper
- Sécuriser son épargne avant de changer de vie
- Un choix qui n'a plus rien d'un luxe
En bref
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des retraités aisés voient leur pouvoir d'achat s'éroder sous l'effet de l'inflation
Chypre et l'Irlande deviennent les destinations les plus attractives, devant des pays historiquement plébiscités
En Allemagne, 1,7 million de pensions sont déjà versées à l'étranger, dont une partie croissante vers l'Italie
L'Italie offre une fiscalité avantageuse ciblée mais impose une bureaucratie lourde et des coûts variables selon les régions
Le seuil du budget nécessaire pour une retraite confortable augmente plus vite que l'épargne constituée
L'expatriation devient une variable d'ajustement budgétaire plutôt qu'un choix de vie
Une bascule silencieuse mais massive
Le rêve d'une retraite paisible sous le soleil s'effrite. Fortune décrit un mouvement de fond aux États-Unis et au Royaume-Uni : des retraités, y compris parmi les profils autrefois considérés comme aisés, envisagent l'expatriation non plus comme une option de confort mais comme une planche de salut face à la hausse du coût de la vie. Certains reprennent une activité professionnelle, d'autres préparent leurs valises. Le constat du magazine américain ne laisse guère de place au doute : les pensions rétrécissent, les prix grimpent, et le fossé entre les deux se creuse chaque année un peu plus.
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Chypre et l'Irlande détrônent les destinations traditionnelles
Le classement établi par les analystes cités par Fortune bouscule les habitudes. Chypre et l'Irlande occupent désormais les premières places des pays où s'installer pour sa retraite, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni disparaissent purement et simplement du top 15. La fiscalité, l'accès aux soins et surtout le coût de la vie hors des grandes métropoles expliquent ce basculement. Un budget de retraite devient soudain gérable ailleurs, alors qu'il s'effondre chez soi.
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L'Italie, exemple d'un équilibre fragile entre attrait et contraintes
En Europe, le mouvement touche aussi les retraités allemands, comme le rapporte le quotidien régional Main-Post. Selon le Rentenatlas 2024 de la Deutsche Rentenversicherung, 1,7 million de pensions sont déjà versées à l'étranger, soit 6,6 % du total des paiements de retraite allemands. L'Italie, huitième destination privilégiée, séduit par sa simplicité administrative pour les citoyens de l'Union européenne : au-delà de trois mois de séjour, une simple inscription auprès de la commune suffit, et les droits à pension restent intacts.
Un régime fiscal ciblé, mais loin d'être universel
Depuis 2019, l'Italie applique une imposition forfaitaire de 7 % sur les revenus étrangers pour les retraités qui transfèrent leur domicile fiscal, à condition de s'installer dans certaines régions du Sud, dans des communes de moins de 20 000 habitants. Un accord bilatéral évite par ailleurs la double imposition. Mais l'article du Main-Post tempère l'enthousiasme : le coût de la vie grimpe fortement dans le nord du pays, la bureaucratie reste pesante, et une bonne partie des agents publics ne parle tout simplement pas anglais.
Quand le seuil du suffisant ne cesse de grimper
Le vrai problème n'est pas tant l'épargne insuffisante que l'inflation permanente du seuil à atteindre pour vivre décemment. Fortune résume la situation d'une formule qui frappe : pour de nombreux baby-boomers, partir à l'étranger cesse d'être un fantasme de mode de vie pour devenir la seule variable d'ajustement qui permette à l'équation budgétaire de tenir. Un aveu d'échec, en somme, pour des systèmes de retraite occidentaux qui promettaient mieux à leurs cotisants.
Sécuriser son épargne avant de changer de vie
Face à cette incertitude grandissante sur la valeur réelle des pensions, une partie des épargnants cherche à protéger son patrimoine autrement qu'à travers les circuits bancaires classiques. Les métaux précieux, sous forme de lingots d'or, de pièces d'or ou d'argent physique, s'imposent comme une option tangible pour qui souhaite se débancariser partiellement et constituer une réserve de valeur indépendante des aléas monétaires et fiscaux d'un pays donné. Une stratégie qui prend tout son sens pour ceux qui envisagent, un jour, de refaire leur vie sous un autre ciel.
Un choix qui n'a plus rien d'un luxe
Reste une question de fond, que ni Fortune ni le Main-Post ne tranchent vraiment : jusqu'où ce mouvement peut-il s'étendre sans finir par déséquilibrer les pays d'accueil eux-mêmes ? Chypre, l'Irlande ou le sud de l'Italie ne pourront pas absorber indéfiniment des flux croissants de retraités venus chercher ailleurs ce que leur propre pays ne leur offre plus. L'expatriation soulage des budgets individuels. Elle ne résout rien, structurellement, du problème plus large de la soutenabilité des systèmes de retraite occidentaux.
Sources : BDOR - Fortune - Main-Post - Deutsche Rentenversicherung
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